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logo ASQ Cet article est publié en collaboration avec l'Association des Sexologues du Québec (ASQ). Il est déjà paru dans la revue Sexologie Actuelle. Vous pouvez vous abonner à la revue Sexologie actuelle en communiquant directement avec l'ASQ.

Article scientifique :

La séropositivité : un défi pour Éros

Avant d’entreprendre la lecture de ce texte, il est important de savoir que son contenu est un amalgame de mon bagage de huit ans d’implication auprès des hommes gais séropositifs. Les informations puisées proviennent des témoignages d’hommes interviewés dans l’encadrement de mon rapport d’activités, de mon expérience en tant que sexothérapeute auprès de cette clientèle, ainsi que de mon expérience en tant qu’animatrice d’ateliers sur la sexualité que j’ai conçus pour les hommes gais séropositifs. Ce texte se veut donc beaucoup plus informatif que scientifique et est le fruit d’une réflexion personnelle sur plusieurs thèmes se rattachant à la sexualité séropositive.

Il y a bientôt vingt ans, le VIH fit son apparition dans notre société. Son arrivée a été foudroyante, laissant sa trace derrière elle : peur, souffrance et mort. Cet intrus qui continue à s’infiltrer sans invitation dans la vie privée de ceux qui ne s’en protègent pas, ne passe certainement pas inaperçu. D’ailleurs, une des sphères les plus affectées par la séropositivité est celle qui est majoritairement responsable de la transmission du VIH, soit la sexualité. Chez les hommes gais vivant avec le VIH, cette sexualité connaît souvent de nombreux changements. Au fil du temps, la sexualité en ressort redéfinie, changée et transformée.

Les atteintes à la fonction sexuelle

Une des facettes souvent marquées par la présence du VIH chez les hommes gais séropositifs est la fonction sexuelle. Environ la moitié des hommes rapportent être aux prises avec une dysfonction sexuelle. Dans la plupart des cas, cette dysfonction se situe au niveau du désir sexuel, plus particulièrement la baisse ou l’absence du désir sexuel. Ces hommes se disent peu enclins aux relations sexuelles, ont une diminution importante de relations sexuelles et d’activités masturbatoires, ainsi qu’une quasi absence de fantasmes sexuels. La sexualité est donc mise en veilleuse pendant un certain temps, généralement pendant les 6 à 18 mois suivant l’annonce du diagnostic de séropositivité. Chez certains hommes, par contre, la libido peut connaître une augmentation durant cette même période. Cette hausse sexuelle s’avère souvent une façade servant à nier la présence du VIH. Dans ces cas, la sur-sexualité est synonyme d’évitement. Mais tôt ou tard, le VIH finit par rattraper la personne qui tente de le fuir. Parfois, il se manifeste au niveau de la fonction érectile, affectant la capacité d’avoir ou de maintenir des érections. Ces difficultés érectiles sont largement dues à la peur omniprésente de transmettre le virus. D’ailleurs, c’est souvent quand arrive le moment de pénétrer que la perte d’érection survient. C’est comme si la crainte d’infecter une autre personne était si grande qu’elle parviendrait à empêcher le pénis de fonctionner, assurant donc une impossibilité de contagion. Afin de protéger davantage leurs partenaires, certains hommes iront même jusqu’à développer des troubles au niveau de l’éjaculation, soit en éprouvant de la difficulté à éjaculer dans un laps de temps raisonnable ou alors en étant complètement incapables d’éjaculer en présence d’un partenaire. Comme dans les cas de dysfonctions érectiles, une peur démesurée de transmettre le VIH serait à la source des troubles de l’éjaculation.

Qu’en est-il de l’autre moitié des hommes séropositifs qui n’ont pas de dysfonctions sexuelles? Généralement, ils sont mieux informés sur les modes de transmission, sont moins déprimés face à leur séropositivité, ont une meilleure estime d’eux-mêmes, ont l’impression d’avoir un certain contrôle sur leur VIH et s’affirment mieux dans leur vie et leur sexualité. Cela dit, ces hommes ne sont pas sans connaître eux aussi des difficultés et des changements dans leur vie sexuelle.

Les cocktails de médicaments prescrits aux personnes séropositives sont souvent pointés du doigt comme étant la cause des dysfonctions sexuelles. Mais la plupart des médecins s’entendent pour dire que la médication a très peu d’effets directs sur la fonction sexuelle. Ce serait plutôt la signification de prendre les médicaments ainsi que le protocole rigide entourant la prise de médicaments qui affecteraient la sexualité de certaines personnes. Il demeure que dans la grande majorité des cas, les causes des troubles du désir, de l’érection et de l’éjaculation sont surtout de nature psychologique.

Modifications dans les pratiques sexuelles

Il est évident que la personne qui vit avec un diagnostic de séropositivité va expérimenter certains changements dans sa façon de vivre sa sexualité. Le plus grand de ces changements est probablement l’augmentation du port du condom. Bien que les hommes séropositifs accordent une plus grande place au condom dans leurs rapports sexuels, il n’est pas nécessairement utilisé systématiquement. Lors d’une relation sexuelle, la personne séropositive évalue le niveau de risque que comporte le partenaire et la situation. Ce sont les résultats de cette évaluation qui détermineront s’il y aura condom ou non. Plusieurs facteurs entrent en jeu dans l’évaluation des risques : le partenaire est-il un amant stable, un partenaire occasionnel ou un partenaire anonyme? Le partenaire est-il séropositif ou séronégatif? Y a-t-il eu prise de drogues ou d’alcool? Y aura-t-il pénétration? Y aura-t-il fellation, etc.? La décision de mettre ou ne pas mettre le condom varie d’une personne à l’autre. Par exemple, malgré le risque associé à la fellation sans condom, certains hommes choisissent d’en assumer le risque, tandis que d’autres s’y refusent. Certains font même un choix conscient de ne pas utiliser le condom au moment de la pénétration, malgré le risque élevé que comporte cette pratique sexuelle. Cela dit, il est important de souligner que la plupart des hommes, la plupart du temps, adoptent des comportements sexuels sécuritaires.

Les hommes gais séropositifs rapportent souvent avoir moins de partenaires sexuels et moins de relations sexuelles qu’auparavant. Certains recherchent encore des relations anonymes afin de maintenir l’illusion que leur sexualité est intacte malgré le VIH. D’autres optent pour des relations beaucoup moins anonymes par désir de vivre une sexualité moins " vide " sur le plan affectif. Le besoin de se sentir en contact, touché et caressé est souvent décrit comme ayant plus d’importance depuis la séropositivité. Les hommes disent être en quête de qualité sexuelle plutôt que de quantité sexuelle.

Le répertoire sexuel subit aussi des modifications. Certains hommes expriment avoir complètement éliminé le sexe anal de leurs activités sexuelles. D’autres sont devenus plus sélectifs par rapport à la pénétration. Par exemple, cette pratique peut maintenant être réservée uniquement pour le partenaire stable. Le sexe oral connaît aussi des changements importants. Il y a des hommes qui refusent dorénavant d’éjaculer dans la bouche de leurs partenaires. Ou encore, certaines personnes choisiront de faire une fellation avec un condom, chose qui ne se faisait jamais avant l’ère du sida.

Chez les hommes gais séropositifs qui ont une diminution marquée de rapports sexuels, on observe une certaine augmentation de la consommation de pornographie et d’appels téléphoniques érotiques. Ce type de sexualité est peut-être sans risque pour le VIH, mais elle cache souvent une peur du rejet. En évitant les contacts sexuels et donc les refus potentiels, la personne se sent moins menacée. Le danger, c’est que ce type de comportement peut créer un sentiment d’isolement qui met l’individu à risque par rapport à la dépression.

L’impact de la détresse psychologique

Vivre avec le VIH n’est pas chose facile. L’insécurité face au futur, le deuil de certains rêves, la perte d’emploi, la détérioration physique, la prise de médicaments et leurs effets secondaires, le dévoilement à son entourage, la mortalité, la peur de transmettre le virus, la négociation du sécurisexe sont tous des facteurs pouvant entraîner la personne dans un état dépressif. Un des symptômes prédominants chez les personnes dépressives est une perte d’appétit sexuel. Malheureusement, la plupart des antidépresseurs n’aident pas la personne à ce niveau puisqu’ils agissent négativement sur la sexualité, soit en diminuant la libido. Cela dit, soulignons que bien que la dépression engendre un désintéressement pour la sexualité, l’inverse est aussi possible; une absence de sexualité et les besoins que celle-ci comble (entre autres, se sentir aimé, important et valorisé) peut mener à la dépression. L’état d’âme de la personne et la sexualité étant très intimement liés, il est donc important de porter une attention toute particulière au bien-être sexuel de la personne séropositive. Négliger l’aspect sexuel de la personne séropositive risque éventuellement de donner naissance à une dépression.

La culpabilité sexuelle

Les hommes gais séropositifs vivent souvent une très grande culpabilité sexuelle. Ils se sentent coupables d’avoir possiblement infecté d’autres personnes, coupables d’avoir contracté le VIH et et ils peuvent aussi se sentir honteux de maintenir une vie sexuelle active. Certains hommes ressentent une si grande culpabilité qu’ils choisissent de se résigner face à la sexualité. Pour payer le prix d’avoir contracté le VIH, certains hommes se refusent le droit à l’amour, ne se jugeant pas dignes de vivre une relation amoureuse. Ils vont souvent raconter qu’il ne serait pas juste pour l’autre personne de se retrouver avec eux. Ils se perçoivent comme des fardeaux. Leurs besoins sont donc souvent escamotés au profit de ceux des autres. Victimes de leur honte, ils expient par l’abstinence sexuelle.

La culpabilité face à la séropositivité peut même avoir des répercussions sur l’orientation sexuelle de certains hommes gais. Cherchant des réponses à la question " pourquoi moi? ", ils remettent en question leur homosexualité : " Si j’ai le VIH, c’est à cause de mon homosexualité. " " Peut-être que je ferais mieux d’essayer de faire ma vie avec une femme. " C’est comme si les vieux relents de haine de l’adolescence refaisaient surface : " Tu vas voir, mon p’tit gars, que tu payeras pour ta perversion. " " Tu es anormal et un jour t’en subiras les conséquences. " L’orientation sexuelle peut alors être déstabilisée. Chez ces hommes pour qui sortir du placard a été difficile, mais qui croyaient désormais être parvenus à s’accepter dans leur homosexualité, le VIH peut rouvrir des blessures du passé. D’ailleurs, plusieurs hommes décrivent le dévoilement de leur VIH comme une deuxième sortie du placard où ils ont à se remettre à risque de se faire culpabiliser, rejeter et être victimes d’opprobre social.

L’image corporelle et ses répercussions

La sexualité d’une personne est beaucoup affectée par la perception qu’elle a de son apparence physique. Mais nous savons que cette perception de soi n’est pas toujours concordante avec la réalité. Néanmoins, les gens ont beaucoup plus tendance à se fier à leur propre perception plutôt qu’à la réalité. Il est clair que la personne qui est insatisfaite de son corps éprouvera de la difficulté à entrer en relation sexuelle avec une autre personne. Chez les hommes gais séropositifs, l’image corporelle est souvent négative. Dans les stades asymptomatiques du virus, bien qu’il n’y ait rien qui laisse croire qu’ils sont séropositifs, certains se perçoivent comme étant sales, souillés, infectieux et dangereux. Ce genre de pensées est souvent présent chez les hommes vivant une grande culpabilité sexuelle. Des métaphores puissantes indiquent jusqu’à quel point l’image corporelle peut être ternie : " Mon pénis est comme une arme fatale, prête à tuer à n’importe quel moment." " Mon sperme est toxique. Une petite goutte et tu peux en mourir." On peut facilement s’attendre à ce qu’une perception aussi chargée de négativité ait un impact désastreux sur la sexualité.

Nous ne devons pas croire que toute personne séropositive a nécessairement une perception négative de son image corporelle. D’ailleurs, certains hommes rapportent se sentir mieux dans leur peau et mieux s’aimer sur le plan physique. Le VIH les ayant obligés de changer leurs habitudes de vie (mieux manger, mieux dormir, diminuer la consommation de drogues et d’alcool, faire de l’exercice, etc.), ces hommes disent se trouver plus attrayants parce qu’ils sont plus en forme et ont meilleure mine. Certains qui ont maigri perçoivent ce changement comme étant positif parce qu’ils ont finalement pu perdre les quelques kilos qu’ils avaient en trop depuis des années. Mais ce portrait positif ne reste pas rose à tout jamais. La réalité est que plus le VIH progresse, plus il se manifeste physiquement. La perte de poids excessive, la peau terne, les yeux exorbités, le développement du cancer de la peau chez certains hommes, les effets secondaires des médicaments (ventre gonflé, masse graisseuse redistribuée, développement des seins) sont tous des changements qui risquent d’affecter négativement l’image corporelle de la personne. À ce stade où l’image corporelle réelle et perçue est négative, les conséquences sur la sexualité sont néfastes. Cette période est marquée par un retrait quasi complet de la sexualité.

Le conflit entre Éros et Thanatos

Lorsque le mot " sida " est évoqué, nous pensons automatiquement à la sexualité et à la mort. D’ailleurs, le symbole du sida représenté par l’Organisation Mondiale de la Santé (un coeur avec une tête de mort au milieu) renvoie à ces deux thèmes. La particularité du VIH/sida est sa nature à la fois sexuelle et mortelle, sa capacité de passer par la sexualité (Éros) pour engendrer la mort (Thanatos). En d’autres mots, le sida est une perversion des sources de la vie, soit le sperme et le sang.

Il a toujours existé un lien très étroit entre la sexualité et la mort. Ils sont tous les deux nécessaires à la survie de l’espèce, la sexualité assurant la continuité de l'espèce humaine et la mort assurant qu’il y ait suffisamment de place pour les futures générations. De plus, en Occident, la sexualité et la mort sont des sujets plutôt tabous. En quelque sorte, nous les craignons, leur donnant souvent une connotation négative. À travers le temps et les moeurs, la littérature et le cinéma ont peint la sexualité comme une force pouvant causer la mort. Pensons à Roméo et Juliette qui ont payé le prix pour leur amour sans limites. Souvenons-nous des écrits du Dr Tissot illustrant les conséquences désastreuses de la masturbation sur la santé. Encore aujourd’hui, avec la venue du sida, certains croient que ce virus mortel est la conséquence d’une sexualité trop libertine. La sexualité est donc encore aujourd’hui associée à un certain danger. Par contre, nous sommes également témoins que la force d’Éros peut surmonter la menace de Thanatos. Combien de fois avons-nous entendu parler de gens cancéreux qui sont parvenus à vaincre leur cancer en ayant trouvé l’amour? À travers ces exemples, on constate que la sexualité et la mort sont perçues comme porteuses de pouvoirs incroyables.

Un des rôles de la sexualité est de nous donner l’impression de se sentir vivants. Effectivement, la sexualité sert à contrer notre peur de la mort. Par la sexualité, nous maintenons notre illusion d’immortalité. D’ailleurs, chez certaines personnes qui ont perdu un être cher, on constate une augmentation des comportements sexuels. Pourquoi? Parce que les relations sexuelles apaisent notre sentiment de solitude en mettant la mort à distance. En déni de la mort, la sexualité se maintient. Mais lorsque la vie est menacée par la présence de la mort, la sexualité peut temporairement connaître des changements, soit une augmentation ou une diminution dans les activités sexuelles. Par contre, une fois la finalité (mort) acceptée, la sexualité perd de son importance pour céder la place à la préparation à la mort. Une chose semble claire : Éros est grandement affecté par la présence de Thanatos.

Dans le quotidien d’une personne en santé, la mort paraît lointaine, si loin qu’elle semble peu réelle. Heureusement que l’être humain craint la mort, sinon, notre espèce connaîtrait rapidement sa fin. Imaginez un instant la situation si nous ne craignions pas notre mort. Nous nous mettrions sans cesse dans des situations dangereuses, augmentant sérieusement le taux de mortalité de la planète entière.

Chez la personne séropositive, la mort qui était jadis loin devient une éventualité réelle. Bien que la personne porteuse du VIH ait une meilleure espérance de vie aujourd’hui qu’il y a vingt ans, ceci grâce aux nouveaux protocoles thérapeutiques, il demeure qu’un diagnostic de VIH n’est pas sans susciter une certaine angoisse de la mort. On s’aperçoit que la sexualité de la personne séropositive est surtout affectée quand la mort devient plus réelle, soit suite à l’annonce du diagnostic, à l’apparition des premiers symptômes, à la première infection opportuniste ou au passage du statut de VIH à sida. À chacune de ces étapes, la mort vient " cogner à la porte ", engendrant donc des changements importants sur le plan sexuel. On remarque que le refus d’accepter sa mort amène une hausse de la sexualité tandis qu’une certaine acceptation de la mort donne lieu à une diminution de la sexualité. Dans les cas de dépression, on constate une quasi acceptation de la mort. La perte d’intérêt pour la vie, souvent accompagnée de pensées suicidaires, indique une certaine résignation face à la vie. Rappelez-vous qu’un des symptômes prédominants de la dépression est le manque d’appétit sexuel. Néanmoins, il reste que la personne dépressive s’accroche encore à la vie. D’autre part, la personne qui accepte véritablement sa mort n’est pas dépressive, mais plutôt sereine. Cet apprivoisement de la mortalité ne se fait pas du jour au lendemain, mais à travers une série d’étapes longues et douloureuses. Une fois ces étapes accomplies, la sexualité n’a plus d’importance puisque son rôle de contreur de mort n’est plus nécessaire.

La sexualité redéfinie : aspects positifs

Malgré les multiples difficultés sexuelles découlant de la séropositivité, le portrait de la sexualité des hommes gais séropositifs n’est pas tout noir, loin de là. Certains hommes vivent des changements sexuels qu’ils jugent comme étant très positifs. Ils iront même jusqu’à dire que le VIH leur a permis de faire un cheminement personnel important, ce cheminement ayant eu des répercussions positives sur leur sexualité.

Ces hommes chez qui la sexualité connaît une transformation positive rapportent avoir le sentiment de vivre une sexualité qui leur paraît plus saine. Ils se disent être moins obsédés par la sexualité. " Avant le VIH, j’avais une sexualité compulsive et ça demandait beaucoup d’énergie. J’étais contrôlé par mes désirs sexuels. " Dans le processus d’acceptation de leur séropositivité, ces hommes relatent s’être rendu compte qu’ils utilisaient la sexualité à des fins défensives, c’est-à-dire pour se donner du pouvoir, pour se convaincre d’avoir de la valeur aux yeux des autres, pour éviter de faire face à leurs peines ou pour s’évader d’eux-mêmes. Aujourd’hui, ces hommes rapportent vouloir entrer en relation sexuelle pour communiquer et partager avec une autre personne. Pour eux, la sexualité n’a plus la même signification. Elle est devenue beaucoup plus émotive que physique. " Avant, quand je baisais, c’était seulement mon corps qui participait. Maintenant, c’est mon coeur et mon âme aussi. " Cette sexualité redéfinie est qualifiée comme étant plus complète et équilibrée.

Un autre changement sexuel positif qui ressort chez les hommes séropositifs est le sentiment d’être plus en contact avec leur sexualité et de mieux se connaître sexuellement. " Avant, je ne pensais pas à la sexualité, je faisais juste la faire. " D’une certaine façon, vivre avec le VIH force l’individu à se centrer sur lui-même. Il doit porter une attention particulière, entre autres, à son alimentation, son sommeil, sa condition physique, son niveau de stress et sa prise de médicaments. À travers cette démarche, la personne apprend à s’écouter, à se respecter et à s’affirmer davantage. Cette nouvelle façon d’être s’étend également au volet sexuel, donnant lieu à une plus grande compréhension de sa sexualité. Certains hommes maintiennent que s’ils connaissent une plus grande satisfaction dans leur sexualité, c’est en quelque sorte dû au VIH.

L’élargissement du répertoire sexuel est également souvent mentionné comme étant un élément positif résultant du VIH. Certains hommes expriment qu’à travers la séropositivité ils ont développé une vie sexuelle plus variée. " Avant, la seule chose qui comptait vraiment pour moi, c’était la pénétration, mais je me rends compte que la sexualité, c’est beaucoup plus que ça. " Ainsi, il semblerait que la modification de certains comportements sexuels à haut risque donnerait naissance à des nouvelles découvertes sexuelles. De plus, le VIH aiderait certaines personnes à développer davantage leur imagination sexuelle. Elles disent avoir plus recours à leur imaginaire érotique et rapportent l’élaboration de nouveaux fantasmes sexuels. Le VIH comporte donc un certain espoir pour ceux qui désirent s’épanouir dans leur sexualité.

Ayant fait le survol des différents changements sexuels observés chez les hommes gais séropositifs, il est clair que le VIH n’est pas sans bouleverser leur vie sexuelle. Que cette transformation sexuelle soit vécue de façon positive ou négative, elle marque néanmoins un point tournant dans leur vie. Il est important de retenir que chaque individu chemine et évolue à son rythme et à sa façon. Ce n’est donc pas toutes les personnes séropositives qui qualifieront leur sexualité comme positive et ce n’est pas dans le même laps de temps que chaque personne traversera les multiples étapes de l’acceptation du VIH. La réalité est que certaines personnes ne parviendront jamais à accepter ce virus qui les habite. Chose certaine, toute personne séropositive connaîtra des hauts et des bas face au défi que lui impose le VIH.

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Parution

Cet article est paru précédement dans la revue Sexologie actuelle, la revue de l'Assocation des sexologues du Québec.

Auteur : Nancy Boivin, M.A. Sexologue clinicienne et psychothérapeute.


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