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logo ASQ Cet article est publié en collaboration avec l'Association des Sexologues du Québec (ASQ). Il est déjà paru dans la revue Sexologie Actuelle. Vous pouvez vous abonner à la revue Sexologie actuelle en communiquant directement avec l'ASQ.

Article scientifique :

La perception des québécois à l'égard des sexologues : dix ans d'intervalle

Est-ce que les opinions des Québécois à l'endroit des sexologues ont changé depuis la dernière décennie ? Il est fort possible que des changements aient eu lieu étant donné que les sexologues sont de plus en plus présents dans les médias écrits et audiovisuels, ce qui a pour effet de mieux faire connaître la profession de sexologue et les services offerts par ce professionnel.

Pour vérifier l'évolution de l'opinion publique à l'égard des sexologues, nous avons comparé les résultats de deux enquêtes qui se sont déroulées à dix ans d'intervalle. La première fut réalisée en 1982 auprès de 856 Québécois (Dupras et al., 1984). La seconde s est effectuée en 1993 auprès de 1009 Québécois (Léger et Léger, 1993). Nous avons trouvé trois résultats comparables qui nous donnent des indices de changement.

La première question concerne la compétence reconnue aux sexologues. Dans le sondage Léger et Léger, elle se formule ainsi : "D après-vous, quel professionnel, parmi les suivants, vous apparaît le plus compétent pour résoudre des problèmes reliés à la sexualité ?". Dans l'enquête de Dupras et al., une question portait sur le même sujet ; elle était formulée ainsi : "Quelqu'un vous dit qu'il(elle) n'éprouve pas de plaisir sexuel. Quelle personne ressource lui conseillez-vous d'aller consulter de préférence ?". Voici les résultats obtenus à chacune de ces questions :

Dupras et al.

Léger et Léger

Sexologue

48,6 %

50,7 %

Psychologue

11,6%

11,0 %

Médecin

22,1 %

9,6%

Travailleur social

0,5 %

6,1 %

Psychiatre

6,4 %

2,1 %

Prêtre

0,5 %

1,5 %

Autres

10,3 %

19,0 %

Les Québécois continuent de reconnaître les compétences du sexologue. Les résultats entre les deux enquêtes sont presque identiques. L'opinion à l'égard du psychologue n'a pas non plus changé. Le principal changement concerne le médecin et le psychiatre. Ainsi, les répondants se réfèrent moins aux spécialistes en médecine pour solutionner les problèmes sexuels. Ils auraient peut-être appris que les difficultés sexuelles ne relèvent pas nécessairement d'un trouble médical. Soulignons aussi qu'un plus grand nombre de répondants mentionnent le travailleur social. Ils attribuent peut-être l'origine de certains problèmes sexuels à des difficultés d'ajustement social, entre autres au plan familial (ex.: mésentente conjugale, inceste).

La seconde question concerne la formation. Le sondage Léger et Léger posait la question suivante : "D'après vous, quelle formation reçoivent les sexologues ?". La question posée dans l'enquête de Dupras et al. est quelque peu différente du fait qu'elle concerne un type particulier d'intervenant en sexologie, soit l'éducateur sexologue, en plus de demander la formation souhaitée : "Quel est le minimum d'études spécialisées en éducation-sexologie exigeriez-vous à la personne qui donne les cours d'éducation à la sexualité aux élèves ?". Pour chacune des questions, les résultats obtenus sont les suivants :

Dupras et al.

Léger et Léger

Maîtrise en sexologie

11,4%

11,5%

Baccalauréat en sexologie

19,6%

21,5%

Autres

5,5%

32,0%

Ne sait pas

63,5%

35,0%

Dans les deux études, le nombre de répondants qui mentionnent une maîtrise ou un baccalauréat est semblable. Il y a cependant une nette différence concernant le choix de réponse "autres" et le nombre de répondants qui ne savent pas. Ainsi les participants de l'enquête de Léger et Léger sont nettement plus nombreux à se prononcer sur la formation reçue ; un bon nombre d'entre eux (21,6%) s'imaginent que les sexologues ont complété un baccalauréat ou une maîtrise en sexologie. Si en 1982 les Québécois avaient de la difficulté à concevoir le type de formation nécessaire aux éducateurs sexologues, dix ans plus tard, près du quart d'entre eux pensent que les sexologues sont des psychologues ayant complété une formation de pointe en sexologie. Il va sans dire que la population a encore besoin d'éclairage quant à la formation académique des sexologues.

La troisième question traite du marché du travail. La question du sondage Léger et Léger était formulée ainsi : "Estimez-vous qu'il est très important, assez important, peu important ou pas du tout important que le gouvernement reconnaisse et engage des sexologues dans le système de la santé; ... dans le système d'éducation". Dans l'enquête de Dupras et al., la question concernant l'intégration des sexologues dans le système de santé était formulée de la façon suivante : "Pensez-vous qu'un(e) sexologue devrait être engagé(e) à temps plein dans les organismes suivants : les centres hospitaliers, les CLSC, [...]". Pour ce qui est du système d'éducation, on leur demandait s ils étaient d'accord ou en désaccord avec l'affirmation suivante : "L'école devrait engager des éducateurs(trices) sexologues pour s occuper de l'éducation sexuelle". Voici les résultats à ces énoncés :

Dupras et al.

Léger et Léger

Système de santé

Hôpitaux

44,5%

84,6%

CLSC

48,5%

Système d'éducation

73,5%

88,9%

On peut constater que les répondants du sondage de Léger et Léger sont plus nombreux à trouver "très" et "assez" important d'engager des sexologues dans le système de santé et d'éducation par rapport aux répondants de l'enquête de Dupras et al.; en effet, ces derniers sont moins nombreux à dire "oui" qu'il faut engager des sexologues dans les centres hospitaliers et les CLSC, ou bien d'être "tout à fait" et "plutôt" d'accord de faire engager des éducateurs sexologues à l'école.

Pour conclure cette brève analyse comparative, mentionnons que les données des deux enquêtes sont encourageantes pour les sexologues puisqu'elles leur renvoient une image d'eux-mêmes qui s avère plus positive au cours de la dernière décennie. Toutefois, une interrogation demeure : la reconnaissance sociale du sexologue a-t-elle atteint un point limite ? Les résultats concernant la compétence des sexologues (45,6% en 1982 et 50,7% en 1993) semblent indiquer que l'opinion publique s est plafonnée. Il y a des segments de la population (entre autres certaines personnes âgées, religieuses ou moins scolarisées) qui contribuent à ce plafonnement. Somme toute, les sexologues se doivent de consolider leur image auprès de leurs adhérents et de tenter de vaincre les résistances de l'autre moitié de la population en les convainquant de leur compétence.

Le constat de l'évolution ou de la stagnation de l'opinion publique des Québécois à l'égard du sexologue peut être redevable à la méthodologie respective utilisée dans les sondages. Rappelons que les répondants et les énoncés diffèrent selon les études. Malgré ces limites qui viennent relativiser les comparaisons entre les deux sondages, nous pouvons affirmer qu'il reste un travail important de marketing du sexologue à faire auprès du grand public même si les sondages témoignent d'une plus grande reconnaissance sociale des sexologues.

Références

DUPRAS, A.; LÉVY, J. J.; SAMSON, J.-M. (1984). Opinions des Québécois/ses sur la sexualité, l'éducation à la sexualité et la sexologie ; résultats généraux du sondage 1982. Longueuil : I.R.I.S., Collection Études et recherches sexologiques, no 1.

Léger et Léger (1993). La perception des Québécois à l'égard de la profession de sexologue au Québec. Montréal, Association des sexologues du Québec.

Parution

Cet article est paru précédement dans la revue Sexologie actuelle, d'octobre 1996, la revue de l'Assocation des sexologues du Québec.

Auteur : André Dupras, professeur au Département de sexologie de l'Université du Québec à Montréal, C.P. 8888, succursale Centre-ville. Montréal, Qc, H3C 3P8


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