Les sondages d'InfoSexoWeb
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Article scientifique :La transgression de la frontière thérapeutique : amitié, amour, sexualité.Auteur : Isabelle Boisclair M.A. et Ivan Trofimoff M.A. |
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Résumé :Les relations amoureuses et sexuelles entre les différents thérapeutes et leur clientèle sont malsaines et abusives. Nombreuses sont les conséquences sur les victimes : perte de confiance face aux thérapies et thérapeutes, culpabilité, isolement, confusion sexuelle, envahissement émotif, etc. Plusieurs conséquences sont aussi remarquées chez les thérapeutes : anxiété, difficultés conjugales, poursuites judiciaires, etc. Il va sans dire que ces relations sont inacceptables dans le contexte d'une relation thérapeutique. Malheureusement, ces abus de différents professionnels se produisent encore trop souvent. Afin de tenter de faire un tour de la question, nous allons présenter dans un premier temps, une perspective historique et actuelle des frontières thérapeutiques. Par la suite, les différents impacts négatifs (psychologiques, relationnels, légaux, sur la santé, sur l'environnement) sur la victime et les thérapeutes sont ensuite détaillés. Puis, les aspects préventifs et réadaptatifs sont exposés. Nous terminons sur une discussion et une réflexion professionnelle en ce qui concerne la transgression des frontières thérapeutiques par l'amitié, l'amour et la sexualité. Mots clés : relation intime thérapeute-client(e), abus, amour, sexualité, lois, transfert, contretransfert Introduction :Personne ne va en consultation thérapeutique par plaisir. C'est plutôt le contraire, les personnes qui consultent en thérapie sont généralement dépassées par le problème qui les habite. Celles-ci se trouvent donc dans un état de vulnérabilité (Lecomte et Gendreau 1984; dans Lapierre et Valiquette, 1989) ce qui fait en sorte qu'afin de retrouver leur bien-être elles sont prêtes à faire confiance aux différentes ressources professionnelles du thérapeute consulté. De plus, les effets espérés de la thérapie sont une guérison des symptômes qui les ont amenés à consulter. Mais lorsqu'il y a un rapprochement sexuel entre le thérapeute et la personne, cela est à l'opposé de ce désir de mieux-être car en plus du fait que la problématique qui amène la personne à consulter n'est pas réglée, il s'ajoute à celle-ci les conséquences nocives liées à l'abus sexuel du thérapeute (Lapierre et Valiquette, 1989) pour 90% des patients ayant eu des relations sexuelles avec leurs thérapeutes (Pope 1997). Nombreux sont les thérapeutes touchés par cette problématique, selon Keith Speigel & Tabanchnich (1987) cités par Pope (1991) : 87 % des psychothérapeutes aux États-Unis disent avoir senti de l'attraction envers un client (95% des hommes et 76 % des femmes) même ils n'ont jamais pensé sérieusement d'avoir des relations sexuelles. Quant aux thérapeutes ayant eu un rapprochement sexuel avec la clientèle, ils sont majoritairement des hommes (un ratio de 9 à 12 abuseurs pour 1 à 3 femmes abusives). Ils représentent donc de 10 à 12% d'hommes pour 1 à 3 % de femmes qui abusent parmi l'ensemble des cliniciens (Gabbard, 1989 ; Baur, 1997 ; Pope, 1994 ; Valiquette 1992). Dans le présent travail afin de mieux comprendre cette situation professionnelle problématique, nous allons présenter dans un premier temps, une perspective historique et actuelle des frontières thérapeutiques. Pour par la suite, présenter les impacts négatifs sur la victime et sur les thérapeutes causés par l'intimité amoureuse et sexuelle thérapeute-client(e) au niveau psychologique, relationnel, légaux ainsi que sur la santé et l'environnement. Nous allons ensuite présenter les aspects préventifs et réadaptatifs. Et, nous terminons sur une réflexion professionnelle, une discussion et ainsi que la présentation des ressources disponibles en conclusion. I. Perspective historique et actuelle des frontières thérapeutiques.a) Aspects historiques et géographiquesDans les relations d'aide, nous retrouvons une personne qui demande de l'aide et une autre qui l'offre. Cette structure fait que le demandant se place volontairement sous le pouvoir de l'aidant; ce qui implique nécessairement une relation de pouvoir dans un contexte plus ou moins profond selon le désespoir du demandant et la capacité, réelle ou perçue, de l'autre pour résoudre son problème (Guggenbuhl-Craig, 1971). Les relations d'aide ne sont pas nouvelles; elles datent au moins depuis que l'être humain vit en groupes organisés et que les tâches commencèrent à se diviser de façon plus ou moins consciente. Selon Ficher (1992), ce phénomène commença il y a environ 4 millions d'années avec la formation de couples plus stables due à la possibilité de copuler frontalement et pas uniquement pendant la période d'ovulation. Les enfants issus de ces unions stables avaient plus de chance de survivre ce qui amena une période de dépendance aux parents de plus en plus longue chez les hominidés. Puis, avec l'évolution de l'homo sapiens-sapiens (l'humain moderne) il y a plus de 100,000 ans, les tâches commencèrent à se diversifier d'avantage et les membres des clans devenaient encore plus dépendants les uns des autres. L'instinct grégaire de l'homme l'obligeait à se maintenir en groupes pour survivre à ses déficiences physiques par rapport aux autres animaux ; bien que le développement du volume de la masse encéphalique de son crâne l'aidait à compenser amplement ses faiblesses par la ruse ainsi que par l'invention d'outils et l'utilisation du feu. Dès lors débutèrent les relations de pouvoir et de dépendance mutuelle pour la survie. Celles-ci se complexifièrent avec la croissance des groupes sociaux et leur degré de sophistication : les tâches se divisèrent par rapport aux besoins et aux habiletés individuelles. Vint alors la nécessité de chefs de groupe, de shamans ou de guérisseurs qui aidaient à combiner l'utilisation des plantes ainsi que des ressources naturelles avec la suggestion et le contact au monde des esprits, au surnaturel. À plus de statut, plus de pouvoir et, souvent, d'avantage d'attirance sexuelle. Maints exemples des libertés sexuelles des hommes et femmes d'influence politique ou religieuse de toutes les civilisations connues de notre histoire (et même de la préhistoire), nous parviennent de différentes sources telles que des textes, des récits, des trouvailles archéologiques et des peintures murales. Pour en nommer quelques uns : les prêtres et prêtresses des temples babyloniens, grecs et romains ; les shamans chez les amérindiens, les Inuits, les peuples sibériens et mongols ; les druides chez les Celtes. Le pouvoir de guérir l'âme et/ou le corps a toujours été vu comme un des plus importants pouvoir que puisse avoir un être humain. C'est ce qui resta imprimé dans ce que Carl Jung (1970) appela l'inconscient collectif qui est partagé par tous les êtres humains à travers le temps et l'espace. Dans la majorité des sociétés, il était accepté et même considéré comme un avantage secondaire que le statut aille avec certains privilèges sexuels. Cependant, quelques interdictions d'utiliser cet immense pouvoir pour avoir des relations sexuelles avec les patients sont très anciennes : le serment d'Hippocrate (environ IVème Siècle A.C.), encore utilisé de nos jours, est le plus célèbre. Plus ancien, un code d'hommes de médecine Nigériens mentionnait qu'il ne faut pas « sexualiser le patient » (Brodsky cité dans Gabbard, 1989). Malgré tout, les médecins, les politiciens, le clergé et bien d'autres ont souvent utilisé leur position de supériorité pour demander des faveurs sexuelles. Quand la conceptualisation de la psychothérapie actuelle apparut, les psychothérapeutes ne furent pas l'exception. Une analyse comparative, rapportant des enquêtes faites dans certains pays de l'Amérique Latine, du Moyen Orient et de l'Europe, au sujet des relations amoureuses/sexuelles avec les patients conclue que « virtuellement la condamnation universelle existe pour le contact sexuel entre thérapeute et patient » (traduction libre de Coleman1988 cité dans Pope 1994). b) Aspects intrapsychiques déclenchés par le processus thérapeutique« La psychothérapie est en soi une relation érotique qui devrait rester au niveau subjectif et symbolique sans jamais passer à l'acte sexuel » (traduction libre de Mann, 1997) Quelle est la cause sous-jacente des sentiments entre thérapeute et patient? Dans toutes les relations humaines la possibilité de l'amour et de relations sexuelles consentantes existe ; mais, sont elles vraiment consentantes dans un contexte thérapeutique? Selon Guggenbuhl-Craig (1971) et Russell (1993), toute relation thérapeutique est une relation de soumission d'un souffrant envers quelqu'un qui est perçu comme capable de soulager cette souffrance. Les relations professionnelles sont donc inégales puisque le thérapeute est vu comme l'expert et l'autre comme la personne ayant une problématique. Si nous poursuivons ce raisonnement, nous pouvons très bien comprendre pourquoi la majorité des encadrements thérapeutiques interdisent les relations interpersonnelles autant à l'intérieur qu'à l'extérieur du contexte thérapeutique (ou du bureau) : les relations créent ne sont pas équitables et il n'y a pas un dévoilement égal des faiblesses des deux individus. Il s'agit d'un environnement artificiel où l'un est dans son champ de connaissance et son territoire, et, l'autre est à « cur ouvert » dévoilant ses faiblesses et ses peurs les plus intimes - tellement intimes qu'elles ne sont souvent pas communiquées aux autres, même aux conjoints. Cette raison fait qu'un thérapeute ne devrait pas connaître une personne dans les relations sociales avant la thérapie car le succès est relié au fait qu'il est un complet étranger : le patient peut alors être moins gêné de lui raconter ses fantasmes les plus intimes, et le thérapeute peut alors garder toute son objectivité ainsi que se concentrer sur le problème. Freud écrit au sujet du transfert en 1922 : « l'attitude de tendresse devient tellement forte, les signes de son origine sexuelle deviennent tellement nets qu'elle doit provoquer une résistance interne; en deuxième lieu il peut s'agir d'une transformation de sentiments tendres en sentiments hostiles ». C'est ce qui peut expliquer deux choses : le faux sentiment d'amour romantique ressenti par les patients ainsi que la haine et l'abandon qui suivent l' « acting out sexuel » avec le thérapeute. Le dictionnaire de psychiatrie Frazier et al. (1995) définit (traduction libre) : le transfert comme étant : « Une assignation inconsciente envers d'autres des sentiments et attitudes originalement associées, tôt dans la vie, à des figures importantes (progéniteurs, frères etc.). Les relations de transfert suivent le patron de ce prototype. Le psychiatre utilise ce phénomène comme un instrument thérapeutique pour aider le patient à comprendre ses problèmes émotifs et leurs origines. Dans la relation médecin-patient, le transfert peut être négatif ou positif. » et le contre transfert est : « une réaction émotive du psychiatre, en partie inconsciente et en partie consciente envers son patient. ». Nous pouvons remarquer que ce dictionnaire reflète une attitude rencontrée souvent chez les « experts » soit : une explication beaucoup plus grande au sujet de ce qui se passe pour le client par opposition à une explication très brève de ce qui se passe en eux-mêmes. Les dangers de tomber amoureux du patient ou de croire que ce dernier est vraiment en amour de la personne du thérapeute (projection professionnelle) ne sont pas mentionnés. c) Règles, lois et articles actuels reliés à la problématiquePlusieurs psychiatres, psychanalystes et psychologues célèbres ont avoué avoir eu des relations sexuelles avec leurs patient(e)s : Carl Jung, Sandor Ferenczi, Fritz Perls, Wilheim Reich, Frieda Fromm-Reichman, Otto Rank, Karen Horney et Juluis Spier. En ce début du siècle, les lois concernant la psychothérapie n'existaient pas. Par contre, lors des années qui suivirent les pratiques sexuelles furent condamnées discrètement par les collègues mais n'étaient toujours pas illégales (Pope 1994 ; Baur 1997). Pope & Vasquez (1991) nous disent que (traduction libre) : « Pour n'importe qui d'entre nous (psychothérapeutes) qui sentent l'attraction pour un client, c'est important de reconnaître que les recherches suggèrent que c'est une expérience commune. Sentir de l'attraction n'est pas une transgression éthique ; se rendre compte de cette attraction et l'adresser promptement, avec attention, et adéquatement est une responsabilité éthique importante.» De nos jours les lois diffèrent selon les pays. En général, les pays en voie de développement, tels que la majorité des pays Africains, Asiatiques et Latino-Américains, n'ont pas de lois spécifiques pour gérer la conduite de leurs thérapeutes : plusieurs n'en ont pas encore assez de formés pour le faire alors que pour d'autres les priorités des gouvernements sont ailleurs. Par exemple, en Amérique Latine les thérapeutes doivent suivre le code d'éthique de la APA (American Psychological Association) mais il n'y a personne pour le vérifier puisque ils n'ont pas besoin d'un permis pour pratiquer. En théorie, il faut avoir au moins une maîtrise en psychologie pour se donner le titre de psychothérapeute mais certaines personnes n'ayant pas de formation se le donnent pareil car il n'est aucunement réservé (Coleman 1988 cité par Pope 1994). Par contre, les lois protégeant la population des conduites inappropriés des thérapeutes existent (et se renforcent) dans les pays développés car ces derniers sont assez nombreux pour faire en sorte que la profession soit d'une certaine importance. Selon Baur (1997), il y a plus d'un million de thérapeutes et conseillers aux États-Unis seulement. Mais, c'est aussi le pays où il y a le plus de procès légaux contre ceux-ci ainsi qu'un des pays dans lequel il y a le plus d'avocats par habitant dans le monde et où les querelles légales sont habituelles. Les nouveaux règlements éthiques de l'APA (2002) y entreront en vigueur en 2003. Mais chaque état peut avoir ses propres lois au sujet des relations amoureuses et sexuelles thérapeutes/client(e)s. Par exemple, l'état de la Californie demande d'attendre 2 ans après la fin de la thérapie alors qu'en Floride cela n'est pas permis du tout. En ce qui nous concerne, au Canada, les différentes corporations professionnelles ont des articles qui interdissent les relations amoureuses et sexuelles entre thérapeute et client(e)s pendant le thérapie ainsi que pour les années suivant celle-ci (en général 2 ans). En sexologie, nous n'avons pas encore de corporation mais l'Association des Sexologues du Québec, qui quoique n'ayant aucun pouvoir légal de réprimander les thérapeutes qui abusent de leur clientèle, ont un article adopté en 1984 dans leur code de déontologie qui se lit comme suit : « Le sexologue doit s'abstenir de toute activité à caractère sexuel avec l'usager a) durant la période où le service sexologique est dispensé b) pour une période de 5 ans suivant la fin du service sexologique. » Au niveau de la Charte canadienne des droits et libertés (1982), aucune mention n'est faite à l'égard de la thérapie. Aucune mention n'est faite aussi dans la Charte des droits et libertés de la personne du Québec (1975), à l'exception du fait que l'article 10.1 mentionne que « Nul ne doit harceler une personne en raison de l'un des motifs visés à l'article 10» ce qui implique donc le harcèlement sexuel. Les thérapeutes fautifs peuvent être poursuivis au civil pour abus de pouvoir et incompétence professionnelle. Il peut y avoir aussi des poursuites en fonction du code criminel canadien en vertu de différents articles selon la situation (Le point de Vih +, 2000, cité dans Aubertin, 2003) :
II. Dommages causés par l'intimité amoureuse et sexuelle thérapeute-client(e)a) Impacts sur la victimeL'intimité sexuelle en thérapie fait vivre plusieurs séquelles pour les client(e)s des thérapeutes abusifs. Après plusieurs études sur la question, Pope (1988) et Gabbard (1989) ont identifié le « syndrome de la relation sexuelle thérapeute-cliente » qui est " un ensemble de symptômes caractérisant les victimes.'' (Lapierre et Valiquette, 1989). Ce syndrome est constitué des dix effets négatifs que la personne ayant vécu une intimité sexuelle avec son thérapeute risque de vivre. Plusieurs de ces séquelles peuvent se retrouver chez une même personne et leur intensité peut variée selon les victimes. Certaines séquelles peuvent même se prolonger parfois pendant plusieurs années (Valiquette, 1992). Nous présentons brièvement les séquelles de ce syndrome (traduit et adapté de Pope 1988 ; par Lapierre et Valiquette, 1989) : 1. Sentiment d'ambivalence entre la colère et l'amour du thérapeute. La victime ressent d'une part de la peur, de le colère, de la rage alors que d'autre part elle vit de la gratitude, de l'amour, de l'affection pour son thérapeute ' qui représente souvent la seule personne qui se soit vraiment intéressée à elle.'' (Lapierre et Valiquette, 1989). Elle est donc partagée entre le désir et la crainte de le détruire. Ce conflit relié à l'ambivalence est souvent très souffrant. 2. Sentiment de culpabilité. Elle se sent coupable et responsable de la situation malgré que cette culpabilité soit sans fondement. 3. Sentiment d'isolement et de vide. Elle a l'impression qu'elle est la seule à qui peut arriver une telle situation et par ce fait, elle s'isole souvent des autres personnes. 4. Confusion sexuelle. Certaines victimes vivent tout rapprochement sexuel comme la reviviscence de la sexualité vécue avec le thérapeute alors que d'autres vivent des comportements sexuels destructeurs ou compulsifs. 5. Difficulté à faire confiance. La relation thérapeutique impliquant un degré élevé de confiance avait amené la victime à partager avec son thérapeute différents aspects privés de son existence (pensées intimes, espoirs, secrets, ). Souvent suite à l'intimité sexuelle avec ce dernier, elle devient méfiante face à elle-même ainsi qu'aux autres et plus particulièrement face aux différents professionnels. 6. Confusion dans le sentiment d'identité et des rôles respectifs. L'intimité sexuelle amène une violation de l'identité du thérapeute ainsi qu'une transgression des frontières thérapeutiques. Il y a donc une confusion dans les rôles spécifiques ce qui amène de la confusion chez la victime au niveau de sa valeur, de son sentiment d'identité ainsi que les rôles que cette dernière adopte au niveau de ses interactions sociales. 7. Envahissement émotif. Elle devient submergée par l'émotion et dans certains cas extrêmes, cette dernière peut sombrer dans un état psychotique. 8. Rage réprimée. Elle vit une rage commune aux diverses victimes d'abus sexuels. Trois facteurs principaux expliquent ce phénomène : en premier lieu l'influence et la force du thérapeute abuseur réprimant l'expression des émotions négatives. Auxquelles s'ajoutent l'ambivalence de la victime et son sentiment de culpabilité. 9. Risque suicidaire. Plusieurs des victimes font des tentatives de suicide. Cela est souvent relié à la rupture qui suit l'illusion du bonheur sans faille reliée à la relation. 10. Dysfonction cognitive : attention et concentration. Pour plusieurs victimes des difficultés au niveau des fonctions cognitives sont ressenties surtout en ce qui concerne la concentration et l'attention. Malgré le fait que les effets négatifs pour les patient(e)s ayant eu des relations sexuelles avec leurs thérapeutes sont difficiles à mesurer et à généraliser à l'ensemble des victimes, Pope (1997) évalue que 90 % des personnes vivent des conséquences. Certaines de celles-ci ont aussi été identifiées par Russell (1993) :
D'autres impacts négatifs sont aussi fréquemment rapportés tels que : des problèmes de consommation d'alcool, de drogues, de nourriture, etc. ainsi que les risques de décompensation (Valiquette, 1992). De plus, l'intimité sexuelle en thérapie peut aussi s'accompagner de (Bouhoutsos et al., 1983; Burgess, 1982; Chesler, 1972; D'Addario, 1977/1978; Feldman-Summers et Jones, 1984; Pope et Bouhoutsos, 1986 ; dans Lapierre et Valiquette, 1989) :
Ces diverses conséquences nous font remarquer la grande similitude qui existe entre celles-ci et les effets négatifs associés au désordre de l'état de stress post-traumatique, défini dans le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux, qui est caractérisé par plusieurs éléments tels que : " des souvenirs répétitifs et envahissants de l'événement traumatique, de multiples rêves, la diminution de réagir au monde extérieur se manifestant par de l'indifférence et de l'apathie, la présence d'une activité neurovégétative excessive comme la perte de sommeil ou des réactions de peur exagérées." (DSM III, 1983 cité dans Lapierre et Valiquette, 1989). b) Impacts sur les intervenantsSelon Keith Speigel & Tabanchnich (1987) cités par Pope (1991) : le fait d'avoir senti de l'attraction envers un(e) client(e) pour des psychothérapeutes aux États-Unis a eu pour effet de les faire se sentir coupables, anxieux ou confus, même s'ils n'ont jamais pensé sérieusement à s'engager dans des relations sexuelles. Selon les diverses études, les thérapeutes ayant eu un rapprochement sexuel avec la clientèle vivent des conséquences en lien avec l'abus telles que (Lapierre et Valiquette, 1989) :
De plus, certains psychothérapeutes sont horrifiés de ce qui se passe avec les victimes ; d'autres sont plus indulgents et peuvent même être des complices implicites ou explicites du comportement de leurs collègues abusifs. Certaines accusations contre les thérapeutes peuvent être non justifiées mais puisque beaucoup d'autres le sont, cela a fait en sorte que les primes d'assurances pour la pratique ont considérablement augmentées (Pope, 1994). Un psychologue entraînant des médecins à la pratique défensive dit « serrez un patient dans vos bras et engagez un avocat. » alors qu'un autre dit : « ceci est devenu une chasse aux sorcières » ainsi que plusieurs autres thérapeutes disent que « ce n'est plus amusant maintenant » (traductions libres de Baur, 1997). Cela est dû au fait que les papiers qu'il faut remplir augmentent, les lois sont plus limitatives en même temps que le salaire n'est plus aussi bon. Ces derniers ne se réfèrent pas à désirer avoir la liberté d'avoir des relations sexuelles avec leurs clients, mais aux limites de la pratique en soi et de la spontanéité. Les cas sont souvent plus complexes ainsi que le travail est plus exigeant et limitatif. En même temps, le nombre de thérapeutes augmentent sans cesse ainsi que la réputation de la profession n'est plus aussi bonne qu'auparavant. Les tentatives de sauver la réputation de la thérapie continuent dans tous les pays où elle est pratiquée mais chaque cas d'abus d'un seul thérapeute envers un patient est plus dommageable pour la réputation de la profession que plusieurs bons thérapeutes en train de la rétablir. III. Aspects préventifs et réadaptatifsa) Aspects préventifs avec la clientèleLes médias, les films et les séries télévisées laissent savoir, depuis les années 80, à la population générale que les relations sexuelles entre psychothérapeutes et client(e)s sont nocives pour ces derniers. Des livres et des articles dans les revues et les journaux sont disponibles quoique parfois un peu sensationnaliste. Les autres professionnels de la santé sont tenus de notifier les autorités compétentes quand ils prennent connaissance d'abus de cette nature. Ainsi aussi que les avocats peuvent, par exemple, donner des conseils au niveau légal et les ordres professionnels au niveau de la pratique. Des brochures sur l'abus sexuel des thérapeutes sont disponibles à plusieurs endroits et deviendrons obligatoires bientôt dans les salles d'attente de tous les thérapeutes aux États-Unis (APA, 2003). L'éducation de la clientèle sur cette problématique est primordiale : il faut que les gens soient conscients de leurs droits et de leurs responsabilités. Mais puisque les lois changent régulièrement, même avec des efforts des diverses institutions gouvernementales pour informer le public, maintenir à jour les individus au sujet de leurs droits n'est pas une tâche facile. b) Aspects préventifs avec les thérapeutesQuand une forte attraction sexuelle pour un(e) patiente est ressentie Pope & Vasquez (1991) font les recommandations suivantes (traduction libre) : « Pour quelques un d'entre nous, consulter des collègues respectables peut s'avérer utile. Pour d'autres obtenir supervision formelle pour notre travail avec ce client en particulier peut aider. Pour d'autres commencer ou recommencer une thérapie peut être utile. » Il faut se rendre compte que beaucoup de personnes qui entrent dans les professions de santé mentale ont des souffrances particulières et veulent souvent « sauver les autres pour apprendre à se sauver eux-mêmes » (traduction libre de Pope & Vasquez, 1991). Plusieurs recommandation sont faites à cet égard :
c) Travail réadaptatif avec la clientèle« Le traitement des patients qui ont été abusés sexuellement par un thérapeute antérieur tend à être exceptionnellement difficile et complexe. » (traduction libre de Sonne cité dans Pope 1994) Il est important de faire attention pour que la victime ne se retrouve pas dans les mains d'un autre thérapeute abusif ce qui malheureusement arrive souvent et fait que les séquelles subies deviennent beaucoup plus graves. Gabbard (1989) mentionne que les thérapeutes abusifs réfèrent parfois leurs patients abusés à d'autres thérapeutes abusifs. Il faut donc plutôt que la victime suive une thérapie avec un thérapeute qui comprend la problématique, la respecte et l'accompagne dans son processus de réparation. La possibilité de refaire une thérapie individuelle est donc intéressante mais elle doit être faite avec quelqu'un qui soit professionnel et qui soit de préférence quelqu'un de compétent sur la matière. Il est aussi très important que la victime se sente bien avec ce dernier comme personne ainsi qu'avec son approche. Il existe à Los Angeles une thérapie de groupe pour les victimes de thérapeutes abuseurs et il y a aussi d'autres groupes pour les femmes abusées sexuellement. Les stratégies de traitement et les étapes qu'elles traversent sont similaires à ceux utilisés pour les autres agressions sexuelles à la différence que la confiance envers les thérapeutes et le lien thérapeutique sont beaucoup plus durs à créer et à maintenir. Nancy Avery codirectrice l'association BASTA (Boston Association to Stop Therapists Abuse) nomme 5 étapes communes ressenties par les membres des groupes de patients abusés (Baur, 1997) : a) Blâme b) Comment ai-je pu être si stupide? c) Colère contre eux-mêmes et le thérapeute (risque possible de suicide) d) Pourquoi moi? e) Détecter les situations abusives et se protéger d'elles. Afin de soutenir les victimes vivant de la détresse psychologique, les messages de réponse du groupe d'entraide peuvent se résumer essentiellement ainsi : a) Ce n'est pas ta faute b) Nous te croyons c) Nous t'aimons d) Travail réadaptatif avec les thérapeutes transgresseursSelon Gabbard (1989), il y a trois types de transgresseurs : le psychotique qui est malade, l'antisocial qui abuse sans regret et l'amoureux qui peut vraiment être en amour d'un(e) client(e). Les traitements ne devraient donc pas être les mêmes pour tous les thérapeutes puisque les raisons pour lesquelles ils engagent leurs patient(e)s dans des relations sexuelles sont très différentes selon leur type : - Le psychotique devrait être traité pour sa psychose. La transgression sexuelle ne serait que la surface de sa problématique personnelle. - L'antisocial abuse consciemment de son pouvoir. Son trouble de personnalité fait en sorte qu'il n'a aucune empathie pour les autres. En fait, faire mal à quelqu'un d'autre peut non seulement le laisser indifférent mais peut aussi augmenter son narcissisme pathologique. - L'amoureux est souvent une personne solitaire qui ne comprend pas, ou ne veut pas voir, les mécanismes de transfert/contre-transfert. Il essaie de combler ses besoins affectifs avec ses patients au lieu de leurs aider à résoudre les leurs. De plus, il y a des points de vue très différents sur quoi faire avec les professionnels qui transgressent les limites thérapeutiques selon les pays et époques. Par exemple, une victime d'un psychiatre abuseur disait qu'elle voulait le castrer pour avoir abusé de sa confiance (Pope et Vasquez, 1991) alors que Masters et Johnson cités par Pope (1994) ont plutôt affirmé que le thérapeute sexuel abuseur devrait être poursuivi pour viol. Le mouvement féministe des années 80 commença à faire changer les choses, cependant les féministes étaient souvent trop agressives contre les hommes et trop partiales dans leur rôle de « chasseurs de sorciers ». Baur (1997) explique cela par le fait que certains thérapeutes qui sont particulièrement sévères contre ceux qui ont transgressé les limites permises peuvent l'être en partie parce qu'ils se sentent menacés par leurs propres pulsions sexuelles envers leurs patients et s'y opposent comme une forme inconsciente de formation réactive. Depuis 1983, les actes sexuels envers les patients sont considérés illégales dans l'acte de Santé Mentale aux États-Unis (Russel, 1993). Les thérapeutes transgresseurs doivent maintenant se rendre responsables devant la loi et les ordres professionnels de leurs actes. Mais ceci étant dit, nous pouvons nous questionner : est-ce que c'est aussi grave de tomber en amour et se marier avec un client que d'avoir des relations sexuelles avec plusieurs clients en leur disant que cela fait partie d'une thérapie sexuelle? Janice Russell (1993), ainsi que la majorité des auteurs cités dans la bibliographie du présent travail : Pope, Bouhoutsos, Vasquez, Gabbard, Baur, et Strean en particulier sont d'accord que souvent les thérapeutes abusifs ne sont pas des prédateurs, mais des personnes elles-mêmes en détresse qu'il faut aider plutôt que juger ou ignorer. Ces auteurs proposent de la supervision et/ou la thérapie avec des superviseurs spécialisés dans ce domaine ainsi que des sanctions visant à aider, à comprendre la problématique autant que possible comme : des vérifications de la tenue des dossiers, de l'éducation et de la bibliographie sur le sujet. IV. Réflexion professionnelle et discussionNous croyons à la lumière des informations que nous avons recueillies et exposées dans le présent travail qu'il est important qu'il y ait de la prévention qui soit faite pour éviter de tels abus, et, ce autant auprès des personnes qui consultent en thérapie qu'auprès des différents thérapeutes. Cela ne pourrait qu'avoir des impacts positifs. Selon nous, il faut qu'il y ait un message clair sur le fait que les relations amoureuses et sexuelles thérapeute-client(e) sont abusives quels que soient les motifs, contextes, justifications. Aucune excuse n'est donc valable pour qu'un professionnel utilise sa relation de pouvoir sur la personne qui le consulte pour avoir des relations amoureuses et sexuelles. Ce qui signifie aussi qu'il ne devrait pas y avoir de complicité entre les divers thérapeutes pour protéger la profession au détriment des victimes, soit par exemple en niant l'existence de tels abus ou encore en incitant les victimes à ne pas porter plainte. Nous croyons qu'il est aussi particulièrement important pour les client(e)s que les abus dont elles ont été victimes soient reconnus lorsqu'elles consultent à ce propos. Il ne faut donc pas nier ni minimiser les conséquences de ces abus sexuels sur les victimes ainsi qu'il ne faut pas non plus rationaliser ni justifier les actes de l'agresseur. Les victimes devraient aussi avoir facilement accès soit à des thérapies individuelles ou de groupe auprès de divers professionnels qui ont l'expertise pour travailler auprès de cette clientèle, ce qui est d'autant plus important dû à la méfiance qu'elles ont face à la thérapie et aux thérapeutes. Nous croyons aussi qu'il est dès plus pertinent que celles-ci aient accès à du support et de l'encouragement dans leurs démarches légales face à l'agresseur. Au niveau des thérapeutes fautifs, nous pensons qu'il devrait y avoir une évaluation complète de la situation abusive afin de déterminer quelles sont les sanctions les plus adéquates à imposer. Il est nécessaire qu'il y ait des conséquences pour leurs actes abusifs telles que diverses sanctions ou encore une radiation de la profession. Mais il faut aussi prendre en considération qu'ils sont majoritairement aussi des personnes en détresse ayant besoin d'aide. Et dans ce contexte, il est dès plus pertinent que divers moyens soient mis à leur disposition pour les aider : thérapie individuelle, supervision clinique, des formations éducatives et des références bibliographiques sur le sujet. Il faut aussi, en tant que professionnel formé pour aider les personnes qui consultent, faire tout ce qui est en notre pouvoir pour les aider et surtout éviter de leurs nuire ! Nous croyons donc qu'en tant que clinicien(ne) nous devons nous positionner clairement contre ces abus amoureux et sexuels de la clientèle. Cela signifie qu'il faut faire tout ce que nous pouvons pour éviter que de tels abus se poursuivent, par exemple : ne jamais accepter d'être complice mais plutôt dénoncer si nous nous retrouvons confrontés à un collègue abusif, ou encore si nous sommes dans une situation délicate, il faut faire cesser la situation le plus rapidement possible par des moyens tels que la supervision, la référence du client, etc. Conclusion et ressources :À la lumière du présent travail, il est clair pour nous que les relations amoureuses et sexuelles entre thérapeute-client(e) sont toujours malsaines, et abusives. Comme nous l'avons mentionné précédemment, il est important de faire tout ce qui est en notre pouvoir pour éviter que de tels abus se poursuivent. Il est donc aussi très pertinent que tout thérapeute s'assure de bien connaître cette situation problématique pour être en mesure d'intervenir de façon adéquate avec les victimes, les collègues abusifs ou de les référer au bon endroit s'il y a lieu. Au Québec, quelques écrits et recherches ont été faits sur cette problématique (Valiquette, Reid, Bergeron, Aubertin, etc.) mais à notre connaissance, présentement il n'y a pas de thérapies de groupe offertes ni aux victimes ni aux thérapeutes. Si nous nous basons sur ce qui est fait aux États-Unis, nous croyons qu'il serait pertinent que de telles thérapie soient offertes ici aussi, plus particulièrement pour les victimes qui sont souvent très méfiantes face aux thérapeutes suite à l'abus. Au niveau de la thérapie individuelle, nous encourageons les victimes à appeler aux différents ordres et associations professionnels en vu de se faire référer un thérapeute. D'ailleurs, il est aussi fortement conseillé qu'elles s'assurent avant de commencer une nouvelle thérapie de consulter un professionnel avec qui elles se sentent en confiance. Il se peut qu'elles doivent en voir plusieurs avant de rencontrer le/la clinicien(ne) qui puisse le mieux les aider. En ce qui concerne les thérapeutes abusifs, il est aussi fortement conseillé qu'ils aillent se chercher de l'aide s'ils se sentent fragiles si possible avant de commettre un abus. S'ils ont déjà abusé, ils devraient tout faire pour faire cesser la situation, ainsi que pour limiter les conséquences sur leurs victimes : reconnaître ses torts, les référer, leurs payer une thérapie, etc. De plus, la supervision est fortement encouragée pour tout thérapeute qui a des sentiments d'amitié, d'amour ou sexuels envers ses patient(e)s. BibliographieAmerican Psychological Association. 2002. Ethical Principles of Psychologists and Code Of Conduct 2002. USA. 16 p. Assemblée Nationale du Québec. 1975. Charte Québécoise des droits et libertés de la personne Aubertin, L. 2003. SEX 7023 : L'intervention sexologique. Département de Sexologie. UQÀM. 263 p. Aubertin, L. 1992. Réflexion sur l'inceste professionnel et son incidence chez les sexologues. Sexologie actuelle. Vol.1, numéro 1, p.11-12 Baur, S. 1997. The intimate hour: Love and sex in psychotherapy. Houghton Mifflin Co., N.Y. 309 p. Baur, S. 2002. Relations intimes. Quand patients et thérapeutes passent à l'acte. Paris : Payot, 376 p. Bergeron, A. 1981. « Déontologie sexologique », Bulletin de l'Association des sexologues du Québec, vol.3, no 6, p.22-28 Bergeron, A. 1986. « La formation des sexologues comme lieu éthique ». Psychothérapie, no 1, p.13-17 Bergeron, A. 1988. « L'éthique intime ». 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