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Article scientifique :La sexologie à l'Université du Québec à Montréal.Auteur : Robert Gemme Ph.D. et Denise Badeau Ph.D. |
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Introduction[Le masculin est utilisé dans le texte pour en facilité la lecture.] Le département de sexologie de l'Université du Québec à Montréal (UQAM) dont les bases furent jetées en 1969 fut le premier département multidisciplinaire du genre au monde où les professeurs se consacraient exclusivement à l'enseignement et à la recherche en sexologie. Aujourd'hui, son existence fait encore l'envie de plusieurs scientifiques qui aimeraient travailler dans une telle structure. Il dessert un programme de baccalauréat et un programme de maîtrise en sexologie. Nous présenterons ici le contexte qui favorisa l'avènement de la sexologie à l'UQAM, le développement des études de premier cycle (baccalauréat) et de deuxième cycle (maîtrise) et ferons une brève description du département de sexologie. Pour mieux comprendre cet article, le lecteur non québécois doit connaître le cheminement normal des études au Québec et la structure de l'UQAM. L'encart suivant explique le cheminement des études qui mènent aux diplômes universitaires en sciences humaines et sociales. Cheminement des études au Québec
Quant à l'UQAM elle est composée de départements et de modules. Le module construit un programme de baccalauréat et regroupe les étudiants. Il commande ses cours aux différents départements. Entre autres tâches, le département construit une banque de cours disponibles pour les modules, dirige le programme de maîtrise et regroupe les professeurs-chercheurs. Contexte social qui favorisera l'avènement de la sexologie à l'UQAM[Pour plus de précisions sur cette période, voir : Dupras, A. et Dionne, H. (1989). «L'institutionnalisation de la sexologie au Québec». dans A. Dupras (éd.) La sexologie au Québec, (p. 13-46). Longueuil : Édition Iris.] À la fin des années cinquante le Québec entrait dans une révolution culturelle. Il sortait d'une ère d'obscurantisme et de domination par l'Église catholique. La sexualité était un sujet tabou sauf en ce qui concernait l'importance de la reproduction. Dans ce contexte, des professionnels étaient confrontés à la misère sexuelle. Les médecins étaient témoins de grossesses non désirées, de tentatives d'auto-avortement et d'insatisfaction sexuelle. Les psychologues, les psychiatres étaient témoins des effets négatifs de la culpabilité sexuelle. Les travailleurs sociaux et les enseignants étaient confrontés aux problèmes causés par les grossesses chez les jeunes. Mais le Québec se libéralisait lentement. Il avait besoin d'experts pour l'informer, lui proposer de nouvelles valeurs et le guider dans le changement de comportements qui s'opérait : la contraception, les relations sexuelles avant le mariage, la recherche du plaisir sexuel, etc. Des intellectuels à l'esprit ouvert, critiques face aux valeurs traditionnelles et, autodidactes en matière de sexualité, prirent différentes initiatives pour tenter de répondre aux besoins d'informations et de formation. Entre autres initiatives fut fondé en 1964 un institut privé de sexologie et d'études familiales (ISEF). Cet institut regroupait les quelques rares spécialistes de la sexualité et offrait une formation multidisciplinaire; mais il n'avait pas de reconnaissance professionnelle par le ministère de l'Éducation. Il était dirigé au plan académique par Jean-Yves Desjardins psychologue, professeur d'introduction à la sexologie dans une école de formation des maîtres et membre d'une équipe de recherche en déviance sexuelle au département de criminologie de l'Université de Montréal. Il caressait le rêve d'une sexologie universitaire tant au niveau de la recherche qu'au niveau de l'enseignement. En 1968, les événements se précipitent. L'ISEF ferme ses portes laissant les besoins de formation sans réponses. Au même moment, une nouvelle université est créée, l'Université du Québec, dont le campus principal est à Montréal (UQAM). Elle avait comme mission de permettre une plus grande accessibilité aux études universitaires pour les francophones, de créer de nouveaux programmes pour répondre aux besoins de la société québécoise en mutation et de favoriser la participation des étudiants à toutes les instances décisionnelles. Les conditions étaient donc propices à l'avènement de la sexologie à l'université d'autant plus qu'une commission gouvernementale sur l'enseignement avait reconnu quelques années auparavant l'importance d'offrir une éducation sexuelle à l'école. De plus, l'école de formation des maîtres où enseignait M. Desjardins devait faire partie de la nouvelle université. Une centaine d'étudiants de cette école, sensibilisés par M. Desjardins déposèrent un mémoire en février 1969 demandant à la nouvelle université d'offrir un programme de sexologie dès l'ouverture de ses portes en septembre 1969. Le mémoire demandait aussi la création d'un département de sexologie. Ce projet avait l'avantage d'avoir impliqué des étudiants, de répondre à des besoins nouveaux et de s'appuyer sur l'équipe de recherche en déviance sexuelle de l'Université de Montréal comme source de professeurs a pour l'enseignement et la recherche. 2. Études de premier cycle en sexologie à l'UQAM.Baccalauréat destiné à la formation d'enseignants en éducation sexuelleEn avril 1969, l'UQAM accepta l'idée d'offrir une formation en sexologie et demanda à l'équipe multidisciplinaire de l'Université de Montréal de lui proposer un programme. La proposition initiale consistait en un programme de deux ans dans un baccalauréat d'enseignement et d'un programme d'un an dans un baccalauréat en psychologie et en sociologie. L'UQAM opta plutôt pour un programme d'un an dans un baccalauréat d'enseignement et créa le module éducation-sexologie. En septembre 1969, une cinquantaine d'étudiants s'inscrivaient à ce programme d'éducation-sexologie où ils devaient recevoir deux années en pédagogie, biologie, sociologie et une année de formation multidisciplinaire sur la sexualité. À la fin de leurs études l'université leur décernait un diplôme de baccalauréat spécialisé en enseignement (sexologie) et le ministère de l'éducation leur accordait le permis d'enseignement. Suite à la pression des étudiants et des professeurs qui désiraient augmenter le contenu sexologique le programme fut rapidement modifié pour offrir deux ans de sexologie au futur enseignant. De plus, certains des cours dont un stage étaient orientés pour permettre aux étudiants d'offrir leurs services en milieu social même si leur diplôme les destinait officiellement à l'enseignement. Jusqu'en 1978, tous les étudiants ont dû suivre les cours pour le milieu scolaire et pour le milieu social. Baccalauréat destiné à la formation de sexologuesEn 1973, un comité de réévaluation du programme avait constaté que seulement le tiers des étudiants désiraient travailler en milieu scolaire à la fin de leurs études. De plus, une enquête auprès de plusieurs organismes sociaux et de la santé démontrait un fort besoin pour des services sexologiques. Le module éducation-sexologie déposa alors un projet de nouveau programme qui mènerait à un baccalauréat en sexologie avec deux options distinctes : éducation sexuelle en milieu scolaire et information sexuelle dans le milieu de la santé et des affaires sociales. Cette dernière concentration permettrait l'émergence d'un nouveau professionnel, le sexologue de premier cycle. Ce dernier serait habilité à donner de l'information, à faire de la prévention et de l'éducation au sens large et à pratiquer la relation d'aide. La formation à la thérapie était réservée pour un éventuel deuxième cycle. Le projet devient une réalité en 1978. Depuis ce temps tous les finissants reçoivent un B.A. en sexologie. De plus, ceux qui ont choisi l'option scolaire reçoivent le permis d'enseigner la sexologie au secondaire. Toutefois, cette option n'est plus accessible depuis septembre 1994. Le ministère de l'Éducation n'accorde plus de permis pour l'enseignement d'un contenu qui n'est pas une matière autonome à l'école. Or, l'éducation sexuelle n'est qu'une petite partie d'une matière qui s'intitule «Formation personnelle et sociale». De sorte que les futurs enseignants intéressés à l'éducation sexuelle doivent maintenant s'inscrire dans un programme de formation personnelle et sociale pour recevoir une formation maximale de 4 cours en sexologie comparée à une vingtaine pour notre ancien diplômé! ! Difficultés rencontréesCe baccalauréat en sexologie formant un sexologue ne s'est pas réalisé sans difficultés. La première fut celle d'obtenir des cours multidisciplinaires et de les faire dispenser par des professeurs compétents en matière de sexualité. Les départements auxquels les cours étaient commandés étaient tous monodisciplinaires comme ceux de psychologie, sociologie ou biologie. Ils ne pouvaient ou ne voulaient pas répondre aux exigences du module tant au niveau du contenu qu'au niveau des professeurs. De plus, il y avait une impossibilité d'obtenir des cours et des professeurs abordant les aspects urologiques, gynécologiques ou psychiatriques parce que l'UQAM n'avait pas de département de médecine. Dès 1970, le module a dû exercer des pressions pour obtenir la création d'un département de sexologie qui pourraient engager directement les professeurs quelle que soit leur discipline. Jusque là, comme nous le verrons plus loin, c'était le département de psychologie qui devait engager les professeurs. La seconde difficulté fut de faire reconnaître le nouveau diplômé comme un nouveau professionnel. On se souviendra qu'à ses débuts l'université formait un enseignant spécialisé dans un nouveau contenu, l'éducation sexuelle. Or dès 1973 les enseignants du Québec craignaient que ce nouveau professionnel prennent leur place pour dispenser l'éducation sexuelle qui s'annonçait dans un projet du gouvernement. Ils firent donc pression pour que l'UQAM refuse l'admission des étudiants provenant du collégial et ne permette l'accès au programme qu'aux enseignants et autres professionnels. Cette requête arrivait en même temps que la demande des professeurs de sexologie pour obtenir un département, le dépôt par le module du nouveau programme visant à créer un nouveau professionnel, le sexologue, et le dépôt d'une demande pour un programme de maîtrise. Anticipant aussi la réaction des autres professions, médecins, psychologues et travailleurs sociaux à la venue d'un nouveau compétiteur, l'université saisit l'occasion pour réévaluer l'ensemble de la situation; durant cette période qui dura quatre ans, les étudiants provenant du collégial voyaient leur demande d'admission refusée. Le nombre d'étudiants passa d'environ 250 à moins de 100 mettant en danger la survie même de la sexologie et la carrière des professeurs. Des comités d'experts des professions concernées furent formés et par l'université et par le groupe de professeurs de sexologie. Celui formé par l'université adopta une position corporatiste jugeant évidemment inopportun la création d'un nouveau professionnel et mettant en doute la qualité du programme. Ils affirmaient qu'avec quelques cours complémentaires dans leur formation ils pourraient eux-mêmes répondre aux besoins sexologiques. Mais le comité d'experts des mêmes professions et formé par les professeurs contredisait cette position. Finalement, l'équipe des professeurs de sexologie réussit à faire reconnaître l'importance d'une formation interdisciplinaire en sexologie, la qualité du programme proposé et l'opportunité d'offrir les services d'un nouvel intervenant éducateur ou socio-sanitaire. Lors du 2e Congrès international de sexologie qui se tenait à Montréal en 1976, le vice-recteur de UQAM s'engageait à favoriser le développement du département de sexologie et de son programme. Et l'année suivante les étudiants du niveau collégial pouvaient s'inscrire de nouveau. Situation actuelleCaractéristiques des étudiantsLe programme est actuellement contingenté à environ 150 étudiants par année. En septembre 1995 il comptait 505 étudiants répartis sur les trois années. La très grande majorité provient du milieu collégial à laquelle s'ajoute quelques adultes à qui on a reconnu une expérience pertinente et quelques étudiants ayant déjà commencé des études universitaires dans d'autres domaines. Une des principales caractéristiques de la clientèle étudiante c'est d'être composée en grande majorité de femmes. Elles sont au nombre de 450 parmi les 505 étudiants. Et parmi les nouveaux il n'y avait que 16 hommes. Plusieurs hypothèses ont été suggérées pour expliquer ce phénomène : les perspectives d'emploi incertaines décourageraient moins les femmes que les hommes; culturellement les femmes se destineraient davantage vers des emplois dont le but est de rendre service; les femmes seraient plus disposées que les hommes à admettre un manque de connaissances en matière de sexualité et à entreprendre des démarches pour y remédier. Conditions d'admissionLe baccalauréat en sexologie attire beaucoup de candidats. En 1995, 605 personnes ont demandé leur admission et 182 ont été admises. Pour être admis il faut: détenir un diplôme d'études collégiales ou être âgé d'au moins vingt-deux ans et avoir enseigné, avoir fait de l'animation, du travail communautaire ou avoir travaillé dans un domaine connexe (nursing, relation d'aide, etc.). ou avoir réussi un minimum de sept cours (21 crédits) dans un programme universitaire. Tous les candidats doivent aussi réussir une analyse de texte en sexologie et démontrer une motivation pertinente. Pour les étudiants du niveau collégial on tient évidemment compte de leur moyenne cumulative. Contenu du programmeLes étudiants inscrits en sexologie suivent 26 cours de trois crédits dont 18 obligatoires en sexologie et deux stages de 6 crédits (chaque cours de 3 crédits représente trois heures par semaine durant 15 semaines). Ces cours portent sur le savoir, le savoir être et le savoir faire. Les étudiants abordent les dimensions psychologiques, biologiques, philosophiques, historiques, sociologiques, anthropologiques, phylogénétiques et juridiques. Ils suivent aussi des cours de croissance personnelle et de maturation professionnelle et des cours pour développer leur habiletés professionnelles. Enfin ils effectuent deux journées de stage par semaine en troisième année, dans le milieu de la santé, des services sociaux ou le milieu communautaire (hôpitaux, centres de santé communautaires, centres de femmes, maisons de jeune, etc.). Diplomation et marché du travailEnviron quatre-vingt dix étudiants ont reçu leur diplôme en 1995. Des 2500 étudiants qui ont suivi des études de premier cycle en sexologie depuis 1969, 1430 sont détenteurs d'un baccalauréat. Le Québec est certainement l'endroit au monde où il y a le plus de sexologues à avoir reçu une formation universitaire multidisciplinaire de premier cycle. Les diplômés se dirigent pour la grande majorité vers le marché du travail. Un certain nombre seront engagés par leur milieu de stage qui a reconnu l'importance de leur service. Plusieurs de ces milieux n'offraient par de services sexologiques et n'avaient jamais accueilli de stagiaire auparavant. La présence du stagiaire a suscité l'intérêt et révélé des besoins dont l'ampleur était insoupçonnée d'où son engagement à la fin du stage. Aujourd'hui on retrouve des sexologues de premier cycle dans plusieurs secteurs : les centres locaux de services communautaires, les centres pour la protection de l'enfance et de la jeunesse, les cliniques de planning des naissances et d'avortement, les écoles, les maison de jeunes, les organismes pour hommes violents ou abuseurs, les centres de femmes, les organismes pour femmes agressées ou abusées sexuellement, les centres de toxicomanie, les maisons pour les prostituées, etc. Enfin une minorité de diplômés se dirigeront vers des études de deuxième cycle en sexologie ou dans d'autres disciplines. 3. Études de deuxième cycle : la maîtrise en sexologieSon histoireDès le début de l'année 1972, (février) on lit dans les annales de la section sexologie (devenue département en 1973):
Les besoins sociaux auxquels la section sexologie et l'UQAM voulaient répondre à ce moment-là étaient les suivants : besoins reliés au phénomène complexe de la contraception, à la valorisation de la sexualité féminine, au changement du mode de vie familiale, au bouleversement des rôles sexuels traditionnels, à l'émergence de la nouvelle culture des jeunes, à la propension à une philosophie hédoniste. L'expression de la sexualité, dans une société où le développement scientifique, les innovations technologiques, la distribution de la population, les idées et les valeurs, l'éducation supérieure sont en mouvance, subit inéluctablement les influences de cette société.
Trop longtemps limitée à la reproduction, la sexualité devint un moyen de communication dans la vie du couple, communication grandement aidée par les services de planning familial et d'éducation sexuelle tant gouvernementaux qu'universitaires. En même temps qu'il y avait réhabilitation progressive de la sexualité pouvant servir à autre chose que la reproduction, en même temps on assistait à de plus grandes exigences des individus et des couples quant à la satisfaction attendue dans l'exercice de la sexualité. Les besoins des étudiants auxquels la section sexologie et l'UQAM voulaient répondre étaient liés au fait qu'aucune université québécoise, canadienne ou étrangère n'offrait, à ce moment, un deuxième cycle en sexologie qui puisse s'arrimer aux études de premier cycle déjà mises sur pied. Ce programme de deuxième cycle que l'on souhaitait devait permettre à l'étudiant d'acquérir:
L'optique fondamentale de la section sexologie était donc à ce moment de former des chercheurs en sexologie, de promouvoir une recherche constante, utile pour la société et les individus. Plus spécifiquement, le programme qu'on souhaitait devait viser la formation de chercheurs en éducation sexuelle et en consultation face aux difficultés sexuelles, la création d'un nouveau type de professionnel : le sexologue de deuxième cycle. Ce programme constitué de 4 cours fondamentaux et de 6 cours optionnels selon la concentration choisie (éducation ou consultation) devait débuter dès l'année académique 1973-1974. On n'avait pas compté avec les multiples obstacles ou contraintes qui dans les prochains mois et années allaient se présenter et reporter l'ouverture du programme. Le projet de programme a en effet été soumis aux instances universitaires et gouvernementales chargées d'approuver les programmes, de juger de leur pertinence, de leur faisabilité. Les documents de l'année 1973 nous informent que les professeurs de la section sexologie devaient, en effet, remettre l'épaule à la roue pour répondre aux exigences du Conseil des Universités concernant la détermination précise des objectifs d'une maîtrise de type recherche ou de type professionnel, les problèmes de l'éducation permanente, du recyclage, des équivalences, de la participation des étudiants et des organismes professionnels, les problèmes de l'encadrement des étudiants et des méthodologies distinctes si cette maîtrise est d'un type ou d'un autre, la reconnaissance par le Conseil des Universités et l'Office des Corporations (devenu Office des Professions) de ce nouveau programme. En 1975, une nouvelle version du programme de deuxième cycle voyait le jour. On y lit que le deuxième cycle en sexologie est considéré comme terminal au point de vue de la formation professionnelle. Il devra, par conséquent, habiliter l'étudiant à une véritable maîtrise de certaines applications du champ d'études sexologiques. Il permettra aussi à tout étudiant, désireux et capable de le faire, d'entreprendre des études de troisième cycle. Il offrira à tous les étudiants inscrits un tronc commun de formation et deux profils professionnels (counseling et éducation-sexologie) épaulés par un profil de recherche sexologique.
Le professionnel que l'on voulait former devait pouvoir dialoguer avec tous les professionnels qui oeuvrent dans les sciences humaines ou celles de la santé. Les objectifs du programme parmi lesquels on retrouvait : développer une approche critique et de rénovation des théories et recherches sexologiques, développer des explications et compréhensions des phénomènes sexuels humains, poursuivre la réflexion et l'expérimentation sur la spécificité du counseling sexologique, ces objectifs étaient à la fois scientifiques et pédagogiques, socio-économiques. Le programme de maîtrise révisé comprend un tronc commun de 18 crédits (6 cours de 3 crédits chacun), 21 crédits dans chacun des profils : counseling-sexologie, éducation-sexologie, recherche-sexologie (l'étudiant devait opter pour un profil particulier), 12 crédits au choix. On pourrait croire que ce programme dont les fondements avaient été bien définis, dont les contenus de cours avaient été élaborés, les clientèles déterminées selon les années à venir et les sessions, pouvait voir concrètement le jour dans un délai court. Mais ce ne fut pas le cas. D'autres directives venant des instances de l'université et du ministère de l'Éducation demandèrent que les promoteurs se remettent à la tâche pour la «xième fois». Il sortira de ce travail une troisième version du programme : programme de type professionnel de 60 crédits distribués comme suit : 9 crédits de tronc commun, 27 crédits dans l'une ou l'autre option (selon le choix de l'étudiant) Counseling-sexologie ou Recherche en éducation sexuelle, 15 crédits optionnels et 9 crédits accordés pour le rapport de recherche. On est en 1977, d'autres modifications s'imposèrent. Les contenus de cours sont à nouveau précisés, le rapport de recherche est remplacé par un rapport d'activités, deux profils ou concentrations seulement sont retenus. Le nombre de crédits à obtenir passe de 60 à 45. Dates mémorablesLe 8 novembre 1977, la nouvelle proposition est étudiée et approuvée par la Commission des Études, le 1er février 1978, par le Conseil des Études, le 25 mai 1978, par le Comité Conjoint des Programmes, le 15 juin 1978, il est recommandé par le Conseil des Universités et l'ouverture en est autorisée par le Conseil d'Administration de l'UQAM le 28 mai 1979, date d'ouverture prévue : janvier 1980. Il s'agit d'une maîtrise professionnelle (M. A., maîtrise ès arts) formant d'une part des sexothérapeutes (concentration counseling) et d'autre part, des éducateurs (concentration information-sexologie). Ce programme débute effectivement en 1980. De 1980 à 1990 le programme de maîtrise a subi quelques modifications mineures (plus instrumentales que fondamentales). En 1990, après une évaluation du programme tel que donné depuis son ouverture, une modification plus importante s'amorce. Elle entrera en vigueur en septembre 1991. Situation actuelleLe programme de maîtrise tel que nous le connaissons maintenant : programme à deux concentrations, chacune de 45 crédits: concentration counseling, concentration recherche-intervention avec mémoire ou sans mémoire. Les concentrations counseling et recherche-intervention sans mémoire sont de type professionnel tandis que la concentration recherche-intervention avec mémoire est de type recherche, les deux premières préparent les gradués à entrer sur le marché du travail, dans le premier cas en sexothérapie (à l'intérieur des structures gouvernementales dédiées à la santé ou aux services sociaux, ou encore en cabinet privé); dans le deuxième cas, en éducation sexuelle : analyse des besoins en éducation sexuelle de clientèles diverses, conception de programmes, expérimentation et évaluation de programmes, formation d'autres intervenants dans le domaine de la sexualité humaine. Quant à la concentration recherche-intervention avec mémoire, elle habilite les gradués à s'inscrire à un troisième cycle dans une discipline connexe à la sexologie puisque nous ne disposons pas encore d'un troisième cycle dans la discipline, ou encore à travailler comme chercheur pour différents organismes et généralement à contrats. Concentration counselingCette concentration est axée sur la connaissance théorique et pratique d'approches telles: approche sexologique d'orientation existentielle : étude clinique des dysfonctions sexuelles et des déviances sexuelles à la lumière de la genèse et du vécu de l'identité sexuelle de la personne. Le cadre théorique de cette approche réfère à l'école existentielle en psychologie contemporaine; approche sexo-analytique : cette approche explique les difficultés sexuelles en les rattachant à des angoisses spécifiques éprouvées lors de l'ontogenèse sexuelle individuelle. Elle repose sur un modèle ontogénique d'inspiration analytique. Une importance particulière est accordée à la compréhension de l'imaginaire érotique; approche sexo-behaviorale : cette approche s'appuie sur les grands principes des théories de l'apprentissage voulant que les difficultés sexuelles résultent principalement d'apprentissages inadéquats. Un rôle particulier est accordé à l'angoisse dans l'étiologie immédiate des problèmes présentés; approche interactionnelle : dans cette approche, les difficultés sexuelles sont analysées en rapport avec la relation dyadique que forme le couple vu comme système. La concentration counseling est aussi axée sur la déontologie, l'analyse critique des différentes approches telles qu'appliquées en sexothérapie, les aspects médicaux et psychiatriques des difficultés sexuelles, etc. Concentration recherche-interventionLa particularité de cette concentration c'est que son objet d'étude privilégié est l'érotisme humain entendu comme «les actualisations sexuelles de soi», qu'elle est élaborée selon les 4 axes de développement du Département de Sexologie, à savoir : la didactique, l'ontogenèse, le biologique, le socioculturel tels qu'ils s'appliquent à la sexualité. La concentration recherche-intervention sans mémoire exige cependant une formation plus poussée en éducation que la concentration du même nom mais avec mémoire. Il s'agit dans les 3 cas, d'une maîtrise de 45 crédits dont l'arrimage doit se faire le mieux possible avec les études du baccalauréat en sexologie (les étudiants venant d'autres programmes sont soumis à une propédeutique, c'est-à-dire une préparation variant entre 6 et 30 crédits obtenus au baccalauréat en sexologie). Cette maîtrise s'échelonne sur deux ou quatre ans selon le régime de temps complet ou de temps partiel adopté par l'étudiant. Le programme aujourd'hui compte plus ou moins 150 étudiants (en majorité des femmes) dont les deux tiers se dirigent en counseling. Cette concentration a une capacité d'accueil variant entre 15 et 20 étudiants/année tandis que l'autre concentration n'est pas contingentée pour le moment. Les gradués des deux concentrations portent le titre de Sexologues. Plusieurs étudiants étrangers se sont joints aux québécois dans les dernières années : ils viennent d'autres provinces du Canada et d'autres pays ou continents : de l'Espagne, du Mexique, du Costa Rica, du Chili, de l'Iran, de la Belgique, du Maroc, de la Tunisie, etc. Depuis 1980, 192 étudiants ont reçu leur diplôme de maîtrise. Association des sexologues du QuébecIl existe au Québec une association regroupant les sexologues (ASQ). Jusqu'à maintenant, cette association compte proportionnellement plus de cliniciens dans ses rangs que d'éducateurs ou de chercheurs, bien que tous soient conviés. L'Association des Sexologues du Québec effectue actuellement une démarche d'incorporation auprès de l'Office des Professions du Québec afin de favoriser une reconnaissance professionnelle et sociale de ses membres similaire à celle obtenue par d'autres professionnels, de réglementer l'exercice de la profession, de protéger le public qui recourt aux services de ses professionnels. Cette démarche, nous l'espérons, et selon les communications récentes faites par l'Association des Sexologues, évolue lentement mais sûrement vers l'incorporation. Bien que l'obtention d'un titre et d'un acte réservés ne relèvent pas de l'Université et des programmes préparant des professionnels, nous souhaitons ardemment que nos gradués y aient accès. Le département de sexologieHistoriqueOn se souviendra que le département est une structure où sont rassemblés les professeurs qui préparent les enseignements demandés par les modules, effectuent des recherches et assurent des services à la collectivité, universitaire ou autre. Dès 1969, la demande pour la création d'un département apparaissait dans le mémoire présenté par les étudiants à la nouvelle université en gestation, mémoire auquel nous avons fait référence dans l'historique. C'était évidemment une demande prématurée vu le peu de nouveaux professeurs en jeu. Mais le problème de savoir où rattacher les futurs professeurs se posait pour l'université. Ils provenaient de disciplines différentes (psychologie, sociologie, criminologie, biologie, pédagogie, etc.) et la sexologie n'avait pas de crédibilité scientifique à l'époque. Souvent les gens, y compris des professionnels, souriaient où lançaient des blagues à double sens quand ils entendaient le mot sexologie (ce qui est encore le cas aujourd'hui mais à un degré beaucoup moindre). L'université jugea donc opportun de rattacher administrativement les nouveaux professeurs au département de psychologie pour conférer une certaine crédibilité à la sexologie aux yeux de la communauté, y compris la communauté universitaire. Mais dès 1970 il y avait des difficultés pour faire engager des spécialistes en sexologie qui n'étaient pas psychologues. De son côté le département de biologie refusait aussi d'engager des médecins spécialistes. Le module menaça alors d'annuler des cours, faute de professeurs suffisants et demanda la création d'un département. En réponse l'université promit d'étudier la demande et créa une section de sexologie indépendante des autres départements qui pouvait recommander l'engagement de nouveaux professeurs. Cette section ne pouvait être que temporaire puisqu'elle ne correspondait pas à la structure de l'université composée de départements et de modules. La demande pour un département devait entre autre justifier pourquoi la recherche et l'enseignement de la sexologie devaient s'effectuer dans un nouveau département plutôt que d'être répartis dans les départements existants. Deux arguments furent invoqués : premièrement que ces départements n'étaient pas intéressés à développer une dimension sexologique; deuxièmement que les phénomènes sexuels touchent à la fois les dimensions biomédicales et psycho-socio-culturelles exigeant une approche interdisciplinaire. La conclusion était qu'un département réunissant des spécialistes de différentes disciplines sur une base quotidienne était la solution. Après de nombreux débats, un département pilote fut créé en 1973 et devint un département régulier en 1975. Situation actuelleLe département compte actuellement 17 postes dont 15 sont occupés par des professeurs à temps complet. Quatre d'entre eux sont d'anciens diplômés de sexologie ayant poursuivi des études supérieures dans une autre discipline. L'actuelle directrice en fait d'ailleurs partie. C'est la première personne diplômée de sexologie à occuper le poste de direction du département. La formation de ces professeurs est la suivante:
Chaque année le département engage aussi une trentaine de chargés de cours pour dispenser les enseignements. La plupart détiennent une maîtrise en sexologie. Les professeurs se consacrent à temps complet à leur tâche d'enseignement, d'encadrement des étudiants, de services à la collectivité universitaire ou autre et à leur tâche de recherche. Les recherches menées actuellement au département portent entre autres sur:
De plus, le département collabore à la publication de deux périodiques semestriels : La Revue Sexologique publie depuis 1993 des numéros thématiques (sida, abus sexuel, homosexualité, culture et intimité); BIBLIOSEX publie tous les six mois depuis 1982 un répertoire indexé des articles scientifiques portant sur la sexualité parus dans environ 600 périodiques de langue française et anglaise. Plus de 4 000 articles sont ainsi indexés annuellement. ConclusionLa sexologie est bien établie au Québec et le sexologue est reconnu par la population comme le démontre un sondage probabiliste effectué en 1993. À la question demandant qui est le professionnel le plus compétent pour intervenir dans les problèmes reliés à la sexualité les 1009 québécois interrogés se répartissent comme suit:
De plus, 88,9% des répondants jugent que le sexologue doit être impliqué dans le système d'éducation alors que 84,6% jugent qu'il doit être impliqué dans le système de la santé. On peut déduire de ces résultats que l'existence d'un département de sexologie et de sexologues multidisciplinaires ont fait diminuer l'importance qu'avait le médecin auparavant. Mais il y a encore du chemin à parcourir pour compléter le développement de la sexologie au plan académique. Il reste encore à offrir un programme de doctorat pour compléter le cycle des études universitaires. Mais avec près de 4 millions de francs investis annuellement dans la sexologie universitaire, le Québec est un coin du monde privilégié. Il a reconnu l'importance du savoir, du savoir être et du savoir faire en sexologie. C'est sans doute pourquoi le Québec est plus permissif en matière de sexualité que les États-Unis et les autres provinces canadiennes. Il n'est peut-être pas étonnant non plus que le Québec ait le taux de grossesses le plus bas chez les jeunes filles de 15 à 19 ans en Amérique du nord malgré un taux de relations sexuelles très élevé ! ! ! ParutionCet article est paru précédement dans Panoramiques : Politiques et Sociétés, Éditions Charles Corlet, Condé-sur-Noireau, #28, p. 37-46. Auteurs :Robert Gemme Ph.D., Professeur-chercheur au département de sexologie de l'Université du Québec à Montréal depuis 1970, et Denise Badeau Ph.D., Professeure-chercheure, directrice du département de sexologie et du programme de maîtrise de l'Université du Québec à Montréal et une des premières diplômées de sexologie. |
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Suggestions de lecture en anglais
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