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Afin de vérifier nos hypothèses nous avons utilisé une population clinique masculine qui a consulté en vue d'une évaluation médicale spécifique de leur état de santé face à une difficulté sexuelle. A partir de l'analyse de leur dossier médico-sexologique, des données pertinentes à l'établissement d'un diagnostic différentiel ont été sélectionnées via un questionnaire possédant les carectéristiques nécessaires afin d'établir un tel diagnostic.

La prodédure

Cette recherche fut effectuée à partir de dossiers médicaux appartenant à une clinique médicale de Montréal. Les consultations médicales ont toutes eu lieu entre 1982 et 1989. Nous avons établi un protocole de recherche entre les chercheurs et le médecin responsable de ces dossiers. A partir de ces dossiers médicaux, nous avons recueilli les données pertinentes à notre recherche.

Pour être retenu dans cette étude un dossier devait être le plus complet possible (eg. anamnèse, tests de laboratoire de base, tests spécialisés, liste de pathologies contributives, médication, tests psychométriques, diagnostics provisoire et final). Afin de préserver la confidentialité, les dossiers médicaux (N=378) ont été numérotés et les données codifiées sur une feuille réponse (Annexe1). Par la suite, les données recueillies ont été traitées statistiquement.

Le médecin consultant effectuait tous les examens et tests nécessaires à l'élaboration d'un diagnostic. Il administrait également aux patients les tests psychométriques. Le diagnostic final est posé par le médecin consultant. Les sujets de cette recherche avaient donc une évaluation complète de leur état.

Les questionnaires

Dans le but de procéder à cette recherche, des questionnaires furent utilisés. Le premier est un questionnaire médico-sexologique qui vise à recueillir les données nécessaires à l'établissement d'un diagnostic médico-sexologique. Le deuxième est le test psychométrique Beck depression inventory (Beck, Ward, Mendelson, Mock et Erbaugh, 1961) mesurant le niveau de dépression d'un sujet. Le troisième est le test psychométrique State Trait anxiety inventory (Spielberger, Gorsuch, et Lushene, 1970) mesurant les niveaux d'anxiété.

Questionnaire médico-sexologique

Un questionnaire médico-sexologique adapté de l'anamnèse régulière des médecins généralistes possédant les caractéristiques nécessaires à l'établissement d'un diagnostic médico-sexologique (annexe 2). Il comprenait les domaines suivants :

Les données socio-démographique; date de l'examen, l'âge et le sexe du sujet, occupation actuelle et antérieur, son statut civil (e.g. durée de la relation maritale, nombre de relations maritales, nombre d'années de séparation), le nombre d'enfants, et la scolarité.

Le questionnaire subjectif comprenant les renseignements nécessaires à un premier diagnostic : l'histoire subjective des symptômes sexuels (e.g. l'apparition du problème, la durée), les circonstances concomitantes (e.g. stress, deuil), information sur l'érection (e.g. obtenir et maintenir, érection matinal, nocturne, masturbation), les positions favorisantes ou défavorisantes, la sélectivité, le désir sexuel, la fréquence des activités sexuelles, l'éjaculation (e.g. douleur, éjaculation précoce), les organes génitaux (e.g. changements). Les habitudes de vie (e.g. tabac, alcool, drogue). Les antécédents personnels. Les antécédents familiaux.

Le diagnostic provisoire posé par le médecin à partir de l'histoire subjective présenté par le patient.

L'examen objectif comprenant une revue des systèmes : poids, taille, thorax, coeur, seins, abdomen, organes génitaux, sensibilité du périnée, réflexes génitaux, toucher rectal, membres, l'examen neurologique, examen vasculaire, les pathologies médicales contribuantes mais non causales (e.g. tabagisme, hypertension, hypercholestérolémie, consommation d'alcool, surpoids, inactivité physique), les laboratoires de base (e.g. testostérone, prolactine), l'investigation spécialisée (e.g. plétysmographie pénienne nocturne, Döpler pénien, bilan neurologique pelvien, échographie du pénis, cavernographie dynamique).

Les traitements; médicaux, psychologiques, sexologiques (déjà suivis).

Les pathologies médicales associées; (e.g. diabète, cardiopathie, etc.)

Les médicaments utilisés par les patients pouvant avoir une influence sur la fonction sexuelle.

Le diagnostic final posé à partir des résultats de l'investigation médicale.

Le questionnaire a été créé initialement par le médecin consultant, il fut restructuré par la suite par les chercheurs-es de ce projet. Il est bien entendu que certains examens ou tests spécialisés ne se retrouvaient que dans la mesure où ils s'averaient nécessaires (doutes, indices cliniques) à l'élaboration du diagnostic final. Cette appréciation appartenait au médecin consultant.

Le questionnaire d'auto-évaluation de l'état dépressif

Le test psychométrique utilisé dans cette recherche pour évaluer l'intensité de l'état dépressif est le Beck Depression Inventory (BDI) (Beck, Ward, Mendelson, Mock et Erbaugh, 1961), version française de Gauthier, Morin, Lawson, Thériault, 1982). Ce test est un instrument d'auto-évaluation des états dépressifs validé tant en milieu clinique qu'en recherche ainsi qu'auprès de population francophone. Ses qualités psychométriques sont reconnues et son usage est très répandu.

L'Inventaire de Dépression de Beck (IDB) est composé de vingt-et-un énoncés représentant différentes manifestations d'états dépressifs. Chacun d'eux comprend une série graduée de quatre ou cinq propositions reflétant le degré du sentiment dépressif subjectivement ressenti. Des valeurs numériques de 0 (neutre) à 3 (intensité maximale) sont assignées à chacune des alternatives. Le sujet indique la proposition qui correspond le plus à son état actuel. L'addition des valeurs obtenues indiquent le score total (qui peut varier de 0 à 63) (Gauthier et al 1982)

Beck et al. (1987) donnent comme interprétation des scores, les catégories suivante : (0 à 9) normal ou asymptomatique, (10 à 18) dépression légère, (19 à 29) dépression modérée, (30 à 63) dépression sévère.

Le questionnaire d'évaluation de l'anxiété

Afin d'évaluer le niveau d'anxiété le State Trait anxiety inventory (STAI) conçu par Spielberger, Gorsuch, et Lushene, (1970) a été utilisé dans sa version française (questionnaire d'évaluation personnelle (ASTA), test d'État d'anxiété et de Trait d'anxiété). Bergeron, Landry et Bélanger (1976) ont adapté en français les deux échelles mesurant l'anxiété. Ils sont d'avis que ses qualités psychométriques sont valables et fiables lorsqu'appliqués à une population québécoise.

Ce questionnaire se divise en deux échelles; la première comprend vingt items et évalue le niveau d'anxiété d'état ou situationnelle (AS) (State anxiety) par des énoncés visant à décrire les sentiments éprouvés au moment présent. La deuxième échelle d'anxiété générale ou de trait (AT) (Trait anxiety) se compose d'énoncés couramment utilisés pour exprimer comment les individus se sentent de manière générale. Les réponses sont coté de 1 à 4 et le score de chaque échelle peut varier de 20 à 80 ce qui fournit un éventail de 60 unités et permet de mesurer le niveau croissant d'anxiété.

L'échantillon

Pour être retenus dans cette étude les sujets devaient avoir obligatoirement dans leurs dossiers les résultats des tests psychométriques évaluant les états dépressifs et les niveaux d'anxiété. A partir des dossiers (N=378) nous avons obtenu les résultats du test de la dépression pour 244 sujets, et les résultats du test de l'anxiété pour 233 sujets. Nous avons donc sélectionné uniquement les dossiers possédant les résultats aux deux tests psychométriques. Cette sélection fut effectuée par ordinateur sans choix autres que d'avoir le même nombre de sujets dans les deux catégories.

L'échantillon comprenait 233 sujets. Ils avaient tous un diagnostic de référence spécifiquement mais non uniquement relié à une difficulté sexuelle.Nous avons constaté que la majorité des sujets de notre échantillon présentaient des diagnostics finaux multiples, ils peuvent être par exemple dans la catégorie désir fonctionnel secondaire et dans la catégorie trouble érectile organique secondaire. Nous nous retrouvions donc avec des sujets polysymptomatiques.

Il était absolument nécessaire de différencier les sujets présentant une pathologie unique de ceux présentant plus d'une pathologie. Une de nos hypothèses de départ étant de vérifier s'il existait une corrélation significative entre une dysfonction sexuelle particulière et la dépression et/ou l'anxiété. Nos sujets ne pouvaient se retrouver dans plus d'un groupe à la fois. Cette étude étant de type ex post facto nous ne pouvions pas exercer de manipulation expérimentale. Nous avons donc créé à partir de cet échantillon des groupes de dysfonctions sexuelles mutuellement exclusifs.

A partir de cette sélection, nous avons choisi les groupes de pathologies les plus représentatifs en nombre afin d'effectuer la recherche statistique. (Tableau 2.1) Notre échantillon se compose de 8 groupes de dysfonctions sexuelles différents les uns des autres. Aucun sujet ne se retrouvant dans plus d'un groupe. Nous avons retenu les dysfonctions sexuelles suivantes : désir, érection, éjaculation précoce. Les autres dysfonctions sexuelles ne se retrouvaient pas en nombre suffisant dans aucun groupe pour être retenues.

Notre échantillon comprend après cette sélection 134 sujets sur lesquels nous effectuerons les analyses statistiques.

Notre échantillon (tableau 2.2) se répartissait ainsi quant à leur groupe ethnoculturel : 96,8% québécois francophone, 3,2% d'autres origines ethniques. Notre échantillon comprenait uniquement des sujets masculins (N=134). Leur âge variait de 22 ans à 70 ans, pour un âge moyen de 51ans.

Sur le plan occupationnel nos sujets se retrouvaient dans différentes catégories socio-professionnelles représentatives de la société actuelle. 15,1% de professionnels, 27,7% de travailleurs spécialisés, 9,2%travailleurs du commerce, 9,2% cols blancs, 10,9% travailleurs non-spécialisés, 15,1% chômeurs et/ou retraités, 12,6% représentant d'autres catégories socio-professionnelles.

Tableau 2.1 : Groupes de dysfonction sexuelles mutuellements exclusifs.

Nombres de sujets = 134
Groupes Dysfonctions sexuelles N : sujets
(1) Érection organique secondaire 11
(2) Érection fonctionnelle secondaire 23
(3) Érection fonctionnelle secondaire
Éjaculation précoce fonctionnelle primaire
34
(4) Érection fonctionnelle secondaire
Éjaculation précoce fonctionnelle secondaire
9
(5) Érection mixte secondaire
Éjaculation précoce fonctionnelle primaire
18
(6) Désir fonctionnel secondaire
Érection fonctionnelle secondaire
7
(7) Désir fonctionnel secondaire
Érection fonctionnelle secondaire
Éjaculation précoce fonctionnelle primaire
25
(8) Désir fonctionnel secondaire
Érection fonctionnelle secondaire
Éjaculation précoce fonctionnelle secondaire
7

Les sujets de notre échantillon se répartissaient dans les catégories civiles suivantes : ils sont célibataires dans 8,7% des cas, 61,9% sont mariés ou en union de fait, 0,8% ont une/un partenaire stable, 23,0% sont divorcés ou séparés, 4,8% sont veufs au moment de la recherche. Le nombre d'années de mariage ou d'union de nos sujets varaient de 1 mois (1,2%) à 45 ans (1,2%). Pour une moyenne de 20 ans (50,0%) de mariage ou d'union.

Les sujets de notre échantillon se divisaient de la façon suivante quant au nombre de relations maritales (mariage ou union de fait) : 7,6% n'avaient pas eu de relation maritale, 75,0% étaient à leur première relation, 17,4% à leur deuxième relation. Le nombre d'années de séparation variait de 5 mois à 24 ans. Ils étaient divorcés depuis en moyenne 4 ans (52,9%). Parmi les sujets de notre échantillon 24 n'avaient pas d'enfant. 76,7% avaient entre 1 et 5 enfants, 3,3% entre 6 et 10 enfants. Les sujets présentaient certaines caractéristiques quant à leur scolarité : 34,3% avaient complété leur primaire, 36,2% leur secondaire, 11,4% le niveau collégial, 14,3% le premier cycle universitaire, 1,0% le deuxième cycle universitaire, et 1.9% le troisième cycle universitaire.

Les sujets de cette recherche consultaient pour un problème relié à la sexualité. Ils se présentaient à la clinique en provenance principalement des bureaux des médecins généralistes 59,4%, des médecins spécialistes 9,8%, des sexologues 15,8%, des psychologues 3,0%, 0,8% étaient référés par d'anciens patients, 2,3% par les médias, 2,3% par des amis-es et 6,8% autres provenances.

Les sujets consultaient pour des troubles sexuels. Pour 86 sujets (68,8%) le problème était apparu de façon lente et/ou progressive, mais pour 39 sujets (31,2%) le problème était apparu de façon subite.

Les diagnostics de référence étaient : 3,0% pour manque d'intérêt, 88,7% pour trouble érectile, 1,5% trouble d'éjaculation, 6,9% pour d'autres problèmes touchant la sexualité. Au moment de l'apparition du problème sexuel l'âge moyen de nos sujets était de 45 ans. 56,6 % des sujets consultaient en moyenne 3 ans après l'apparition du problème.

Tableau 2.2 : Description des sujets (134 sujets)

N %
GROUPES ETHNOCULTURELS
Québécois 121 96,8
Autres 4 3,2
Inconnue 9
Total 134 100
ÂGE DES SUJETS
21 - 30 ans 8 6,0
31 - 40 ans 19 14,3
41 - 50 ans 38 28,6
51 - 60 ans 44 33,1
61 - 65 ans 19 14,3
66 ans et + 5 3,8
Inconnue 1
Total 134 100
OCCUPATION DES SUJETS
Professionnel 18 15,1
Travailleur spécialisé 33 27,7
Commerce 11 9,2
Bureau 11 9,2
Travailleur non-spécialisé 13 10,9
Chomeur + retraité 18 15,1
Autres 15 12,6
Inconnue 15
Total 134 100
ÉTAT CIVIL
Célibataire 11 8,7
Marié/Union 78 61,9
Partenaire stable 1 0,8
Divorcé/Séparé 29 23,0
Veuf 6 4,8
Autres 1 0,8
Inconnue 8
Total 134 100
NOMBRE D'ANNÉES MARIAGE/UNION
0 - 9 ans 19 23,2
10 - 19 ans 21 25,6
20 - 29 ans 20 24,4
30 - 39 ans 19 23,2
40 - 49 ans 3 3,7
Inconnue 52
Total 134 100
Nombre de relations maritales
0 7 7,6
1 69 75,0
2 16 17,4
Inconnue 42
Total 134 100
Nombre d'années de séparation
0 - 9 25 73,5
10 - 19 8 23,5
20 - 29 1 2,9
Inconnue 100
Total 134 100
Nombre d'enfants
0 24 20,0
1 - 5 92 76,7
6 - 10 4 3,3
Inconnue 14
Total 134 100
Scolarité
Niveau aucune/primaire 37 35,3
Niveau secondaire 38 36,2
Niveau collégial 12 11,4
Niveau universitaire 18 17,2
Inconnue 29
Total 134 100
Professionnels de référence
Médecin généraliste 79 59,4
Médecin spécialiste 13 9,8
Sexologue 21 15,8
Psychologue 4 3,0
Ancien patient 1 0,8
Média d'information 3 2,3
Ami-e 3 2,3
Autres 9 6,8
Inconnue 1
Total 134 100
Mode d'apparition du problème
Lent et / ou progressif 86 68,8
Subit 39 31,2
Inconnue 9
Total 134 100
Diagnostic de référence
Désir 4 3,0
Érection 118 88,7
Éjaculation 2 1,5
Désir + Érection 1 0,8
Érection + Éjaculation 4 3,0
Érection + Dysparéunie 1 0,8
Désir + Érection + Éjaculation 1 0,8
Autres 2 1,5
Inconnue 1
Total 134 100
Age à l'apparition du problème
0 - 19 ans 2 1,6
20 - 29 ans 12 9,8
30 - 39 ans 30 24,6
40 - 49 ans 33 27,0
50 - 59 ans 35 28,7
60 - 69 ans 10 8,2
Inconnue 12
Total 134 100
Durée du problème
0 - 5 ans 86 70,5
5 - 10 ans 20 16,4
11 - 15 ans 6 4,9
16 - 20 ans 4 3,3
21 - 30 ans 4 3,3
31 - 40 ans 1 0,8
41 - 50 ans 1 0,8
Inconnue 12
Total 134 100

Tableau 2.3 : Distribution diagnostic final des dysfonctions sexuelles. (NON EXCLUSIF)

Dysfonctions Nombre de sujets
DÉSIR
Fonctionnelle secondaire 39
ÉRECTION
Organique secondaire 11
Fonctionnelle secondaire 121
Mixte secondaire 18
ÉJACULATION
Fonctionnelle primaire 77
Fonctionnelle secondaire 16

A partir de cette sélection nous avons effectués diversent analyses statistiques dans le but de démontrer nos hypothèses. Le test post hoc de Scheffé a été utilisé mais nous n'avons pas obtenu de résultats significatifs. Compte tenue de notre échantillon, nous avons utlisé les tests statistiques suivant : des analyses de variance , le test post hoc de Duncan, le test de coefficient de Pearson. Présentons maintenant les résultats.

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